par Marie Allard, in La Presse, 6 décembre 2005


Habituellement premier de classe aux évaluations internationales, le Québec dégringole depuis l'implantation de la réforme. En mathématiques, les élèves du primaire sont passés, entre 1995 et 2003, du 5e au 14e rang de l'enquête internationale sur la mathématique et les sciences (TEIMS). En sciences, la chute est brutale: du 9e au 19e rang sur 28. Des pays comme la Lituanie, la Hongrie et Chypre battent désormais le Québec.

Ces résultats, peu publicisés par le ministère de l'Éducation, sont analysés par la Table de pilotage du renouveau pédagogique. Dans un rapport attendu en avril, cette Table doit indiquer si les enfants s'améliorent- ou régressent- depuis l'implantation de la réforme en 2000. Le constat: le nombre d'élèves ayant un rendement intermédiaire, haut ou avancé au primaire a «beaucoup diminué» admet le ministère de l'Éducation.

Les résultats des enfants québécois de 10 ans (le test est passé en 4e année) sont «inférieurs à la moyenne internationale» dans ces trois catégories, sauf pour le niveau intermédiaire en maths. Seul le pourcentage d'élèves au rendement «bas» est stable.

 
Jours meilleurs

En 1998, l'ex-ministre de l'Éducation, Pauline Marois, s'était réjouie des «résultats exceptionnels» obtenus par le Québec à la précédente enquête. Alors que le gouvernement entreprenait une révision des programmes, ces bonnes notes étaient jugées de «bon augure». «Il est clair que nous pouvons construire sur des bases déjà solides», avait noté Mme Marois.

Huit ans plus tard, le constat est moins reluisant. La faute va à la réforme, selon les chercheurs Steve Bissonnette, doctorant en psychopédagogie à l'Université Laval, et Normand Péladeau. «Ne faudrait-il pas s'inquiéter devant ces résultats? Peut-on prétendre que cette réforme constitue un virage vers la réussite? Ne devrait-on pas envisager l'arrêt d'une telle réforme au secondaire et la remise en question des changements introduits au primaire et ce, le plus rapidement possible?» demandent-ils dans une analyse obtenue par La Presse.


Les garçons meilleurs que les filles en maths

Au total, 4350 élèves québécois de 4e année fréquentant 193 écoles publiques et privées ont participé à l'enquête TEIMS 2003. Ils ont été soumis à deux épreuves de 36 minutes, l'une en maths et l'autre en sciences. Malgré sa dégringolade du 5e au 14e rang (sur 28), le Québec a obtenu un résultat significativement supérieur à la moyenne internationale, sauf en algèbre. Fait à noter, les garçons s'en sont mieux tirés que les filles. «Le Québec avait obtenu une bien meilleure performance en 1995», souligne tout de même le ministère de l'Éducation. Datée du 14 décembre dernier, l'analyse du Ministère était passée inaperçue jusqu'à aujourd'hui.

En sciences, le Québec est aussi au-dessus de la moyenne avec son 19e rang sur 28. La physique cause le plus de maux de tête aux élèves, et les sciences de la Terre sont le domaine où les performances sont les meilleures. Encore là, «le Québec avait obtenu une meilleure performance en 1995», observe le Ministère.

L'enquête a également été menée auprès des élèves de 2e secondaire de 50 pays ou juridictions scolaires. Au Québec, 4411 élèves de 14 ans, fréquentant 175 écoles publiques et privées, ont passé deux épreuves de 45 minutes chacune. Tant en sciences qu'en maths, les résultats ont été inférieurs à ceux obtenus lors de la précédente enquête de 1999. La chute est toutefois moins importante qu'au primaire. En maths, le Québec est au 6e rang sur 50. En sciences, il est au 10e rang, suivant de près l'Ontario.

Au cabinet du ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, on minimisait hier ces résultats. «Nous questionnons la méthode d'échantillonnage qui est différente en 1995 et en 2003, a indiqué Véronique Mercier, attachée de presse du ministre. Cela ne permet pas de tirer des conclusions exactes.» Curieusement, dans son analyse écrite des résultats obtenus par le Québec au TEIMS 2003, le Ministère ne mentionne pas de telles réserves.


repris du site www.cyberpresse.ca/  du 6/12/2005