SUISSE. De plus en plus de jeunes optent pour des tests de compétences payants avant de se présenter à un employeur. La confiance en l'école baisse.

par Samuel Russier in Le Temps, mardi 18 octobre 2005, rubrique: Régions
 

Le certificat d'études ne suffit plus pour trouver un apprentissage. Dans le but de faire face aux difficultés pour obtenir une place à la sortie de l'enseignement obligatoire, de plus en plus de jeunes décident ainsi de passer des examens privés avant de pouvoir se présenter devant un employeur potentiel.

30 000 candidats cette année

Cette année, près de 30'000 candidats subiront les questions de Multicheck et de Basic-check, les deux organismes qui détiennent ce marché sur le territoire suisse. Soit 40% de tous les jeunes à la recherche d'une place, évaluait dimanche l'émission Mise au point, de la Télévision suisse romande.

Le phénomène est tel qu'il inquiète les Départements de l'instruction publique de Suisse romande, où la mode est récente. «Des conseillers en orientation ont tiré la sonnette d'alarme», constate Jean-Paul Jacot, secrétaire de la Conférence des chefs des Offices d'orientation scolaire et professionnelle à la Conférence intercantonale de l'instruction publique (CIIP). Pour le moment toutefois, le sujet des examens privés n'a pas dépassé le stade des inquiétudes.

Principale préoccupation des cantons: le prix de ces tests. Les 60 à 100 francs demandés sont en effet aux frais du candidat. Seuls quelques employeurs les remboursent, mais uniquement aux apprentis qu'ils engagent à terme. «Nous mettons tout en œuvre pour faire baisser les coûts de nos tests, assure Sylvie Gygax, responsable romande de Basic-check, une association à but non lucratif créée en 2003 et qui teste environ 8000 jeunes chaque année. Mais il faut voir que ces questionnaires bénéficient également au candidat lui-même. Un échec en apprentissage parce qu'on est mal préparé n'est bon pour personne.»

La méfiance des entrepreneurs

 Au-delà de l'aspect financier, c'est la remise en cause des certificats scolaires qui reste en travers de la gorge des cantons. Si les tests privés se multiplient, c'est que la confiance des entrepreneurs dans la qualité du cursus scolaire s'est effritée, remarque pour sa part Julien Guex, sous-directeur de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI).

En cause: l'opacité des carnets fournis par les écoles. «Il faut être parfaitement au fait du système pour interpréter correctement ces données», déplore Julien Guex. Face à des évaluations dont les bases changent d'un canton à un autre et même d'une année à l'autre, les patrons préfèrent se baser sur des examens uniformes.

Epreuve cantonale de référence

Le reproche est accepté par Michel Perriard, secrétaire général de la Direction fribourgeoise de l'instruction publique. «Nous devons trouver un bon moyen de communiquer avec les entreprises. Les débats qui animent la Suisse romande au sujet des notes est un exemple patent des difficultés du monde scolaire à transmettre clairement les résultats des élèves vers le monde extérieur.»

Le Fribourgeois reste pouplacent (sic) pas les examens scolaires: «Il faut bien comprendre que la mission de l'école est beaucoup plus large que de simplement enseigner ce qui est requis pour une embauche.»

La question se pose néanmoins dans plusieurs cantons. En réaction au succès de ces tests extrascolaires, le Département vaudois de la formation et de la jeunesse (DFJ) va mettre en place dès l'année prochaine une épreuve cantonale de référence en huitième année.

«Mettre les élèves en condition»

Organisée un an avant la fin de la scolarité, elle permettra aux jeunes de commencer leurs recherches d'une place d'apprentissage avec des résultats clairs et complets. «Cette épreuve mettra aussi en condition les élèves pour passer les tests prévus par leur futur employeur», ajoute Michaël Fiaux, délégué à la communication du DFJ.

Outre le déficit d'information, certains employeurs dénoncent également les lacunes de fond du système scolaire. «Les prérequis pour un apprentissage ont augmenté, constate Julien Guex. Les patrons ont le sentiment que l'école n'a pas suivi le mouvement.»

De son côté, Michel Perriard pointe plutôt du doigt un changement de mentalité de ces mêmes chefs d'entreprise: «Il y a quelques années, c'était un honneur pour une entreprise de former un apprenti. Elle avait le sentiment de jouer son rôle civique. Aujourd'hui, de plus en plus de sociétés cherchent des jeunes qui se révèlent immédiatement productifs.»

 
© Le Temps, 2005. Droits de reproduction et de diffusion réservés.