«Fêtant ses 40 ans, l’Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP) a demandé 40 idées à des personnalités ou des élèves. Micro-florilège»

par Nicolas Dufour, in Le Temps, 29 mai 2009

«En cette année clé de l’harmonisation, l’Institut de recherche et de documentation pédagogique fête ses 40 ans. L’IRDP a sollicité 40 personnalités ou élèves.

Ainsi, selon le directeur du Musée romain de Vidy, Laurent Flutsch , «l’éducation devrait combler un peu le retard du moral sur le savoir-faire». Le chef de la police judiciaire de Neuchâtel, Olivier Guéniat, implore les professeurs, «mon dernier espoir de contre-pouvoir aux fast-thinkers du monde de l’information». L’écrivain genevois Jean Romain évoque une «école républicaine qui recommence à enseigner pas à pas et de manière explicite les contenus élémentaires de notre culture». Pour le patron de Logitech, Daniel Borel , la technologie doit permettre à l’enseignant de «dégager plus de temps pour un suivi individualisé». Enfin, selon Elisa (6P à Fribourg), «l’école c’est super… Des fois, certaines choses qu’on apprend, je trouve qu’elles ne servent à rien. Comme par exemple certains temps en conjugaison.»

Voici le texte de Jean Romain

Pour un enseignement explicite

Il importe de défendre l’école publique parce que cette école est un des ciments de notre société : elle permet d’accéder ensemble au patrimoine commun. Mais cette école, plus elle va mal, plus on se dit satisfait d’elle, à commencer par les responsables politiques. Or ce langage lénifiant sert de paravent à la déculturation du milieu scolaire, qui s’est créée sur l’effacement des dissymétries essentielles.
En 40 ans, on est passé de l'école de la culture, à l'école de la transmission de savoirs, puis à l'école des compétences.
1) L'école de la culture permettait de mettre en relation les diverses disciplines enseignées, elle offrait l'opportunité de comprendre les choses de manière globale parce que les valeurs culturelles leur donnaient un liant. Mais par toute la gauche à la suite de 68, elle a été contestée au motif qu'elle reproduisait des élites et que, sous des apparences républicaines, elle ne servait que les enfants de la bourgeoisie, déjà dépositaires de cette culture.
On réforma.
2) L'école de la transmission de connaissances, en gagnant en neutralité et en supprimant l'orientation culturelle, a effacé le lien entre les diverses branches du savoir. On a ainsi juxtaposé des disciplines sans hiérarchie entre elles. Et la droite l'a critiquée au motif qu'elle ne formait plus des jeunes capables d'être en phase avec le monde marchand qui-change-tout-le-temps.
On réforma.
3) L'école des compétences, celle en vigueur aujourd’hui, a fait une croix sur les contenus explicites. Mettant l’élève au centre, elle lui apprend à apprendre ! Elle axe son effort sur des savoir-faire, vite transformés en recettes. Gauche et droite s’accordent sur le peu de dispute qu’elle suscite.

Parfois, en rêve, j’imagine une école républicaine qui recommence à enseigner pas à pas et de manière explicite les contenus élémentaires de notre culture, qui vaut peut-être qu’elle survive.