« Aider l’apprenti compreneur » : c’était, nous apprend la Tribune de Genève d’hier, le but d’une conférence, le 27 septembre, obligatoire pour tous les maîtres primaires genevois de division moyenne. C’était sur les heures de cours. Il a donc fallu remplacer tout ce beau monde. Facture, à charge du contribuable : 80.000 francs. Conférence, au demeurant, jugée inutile, insultante même, par nombre d’instituteurs. Elle était donnée par un professeur de la Faculté des sciences de l’éducation.
 
« L’apprenti compreneur » ! Ça commence bien, déjà, le titre ! Ça suinte le plouc à pleines narines, le gourou déserté par la plus élémentaire magie des mots, tout le sentencieux fumet de cette secte qui plombe, et sans doute prend en otage, depuis des décennies, l’enseignement genevois. Ces gens-là, je les regardais de travers depuis un moment, déjà, mais tout en leur laissant une chance. Jusqu’à ce printemps. Où j’ai eu la chance de les admirer de près. J’ai pu mesurer leur besoin d’empire sur les consciences. Une cléricature, avec jargon, conversions forcées, puisque les écouter pérorer est obligatoire pour les futurs maîtres. La version moderne, fonctionnaire, aplatissante, du mandarinat. Et monopolistique, Monsieur : nulle concurrence, à l’horizon, n’est tolérée.
 
Il est temps de mettre fin à cette emprise. Il n’y a aucune raison que quelques extatiques initiés de la Faculté dite « des sciences de l’éducation » continuent, pour l’éternité, de régenter de leur férule le plus beau, le plus authentiquement libéral des métiers. Car l’éducation n’est pas une science, et c’est là tout le malentendu, avec cette moutonnière déification de Piaget. L’éducation est un art. Elle passe par le charisme, la culture, l’envie de faire passer un message, de convaincre, de séduire. La qualité d’une voix, d’un discours, qui doit être enfin, à nouveau, assumé comme frontal. C’est cela qui fait la réussite d’un cours. Il n’y a nulle recette, nulle science. Il y a les profs qui ont du talent. Et il y a les autres.


Pascal Décaillet, in Le Matin Dimanche, rubrique L'invité, 7 octobre 2007