"L’éditorial de Denis Etienne (in L'Hebdo No 6, 9 février 2006) plaide pour une harmonisation scolaire. Bonne idée, mais tout dépend de laquelle. Demandons-nous quel projet se cache derrière cette normalisation.

C’est Pécaro [plan d'études cadre romand]. Or, contrairement à ce que l’on croit, Pécaro ne propose pas ce que tout le monde espère: des objectifs clairs. Pécaro est une usine à gaz dont le but n’est pas de clarifier les programmes mais d’imposer l’informité d’une méthode, dont il n’est pas fait mystère: «L’accent mis sur le développement de compétences (...) conduit à délaisser une vision plutôt mécaniste de l’apprentissage (?) au profit d’une vision dynamique et interactive fondée sur les apports des théories constructivistes, socioconstructivistes et cognitivistes.» Or toute construction des connaissances s’enracine sur ses connaissances antérieures, lesquelles doivent avoir été préalablement transmises de façon rigoureuse et efficace. On a démontré que les méthodes issues du socioconstructivisme sont moins efficaces que les méthodes plus structurées et plus dirigées.

L’harmonisation, selon Pécaro, est une machine à homogénéiser les méthodes. Qui plus est, grâce au nouvel article constitutionnel que nous aurons bientôt à voter, il sera possible de forcer les cantons récalcitrants à s’y plier.

Pour dire les choses clairement, Pécaro sera la généralisation des théories pédagogiques qui ont mis Genève dans le marasme scolaire. Or, la véritable harmonisation attendue est celle qui porte sur les programmes, les contenus à transmettre et leur évaluation claire et notée, et non sur la généralisation du désastre."

Patrice Delpin, in L'Hebdo No 7, 16 février 2006