Le nouveau plan d'études romand, que préparent tous les cantons romands, se développe et est visible sur le site http://www.ciip.ch/ .

Il se base entièrement sur PECARO, le plan d'études cadre romand que nous avions fortement critiqué en 2004 déjà.

C'est donc le PECARO avec une couche supplémentaire pour le rendre plus compréhensible, plus précis certes, mais cela reste fondamentalement PECARO avec son domaine "formation générale" inchangé, avec les "Capacités transversales", avec ses disciplines et domaines, avec ses OPA (125 Objectifs Prioritaires d'Apprentissage) qui sont déclinés en 809 composantes... ces 809 composantes déclinées formant justement le plan d'études bejunefrivalge.

Si ce plan d'études  est encore incomplet, nous pouvons déjà néanmoins nous en faire une bonne idée.

- D'abord, à l'image du site web, ce plan est très difficile d'accès (comme l'était le PECARO). Il n'y a pas de progrès suffisant quant à la lisibilité de l'ensemble et il ne pourra que difficilement y en avoir puisque l'on part d'une base (le PECARO) elle-même totalement illisible.

- Il manque une réelle hiérarchisation de son contenu (125 OPA, cela veut dire que 125 éléments sont prioritaires, donc, dans les faits, aucun ne le sera...). Seules les attentes de fin de cycle indiquent quelques éléments prioritaires, mais rien de prioritaire n'est décliné par année. Sans compter que dans les attentes de fin de cycle, la montagne des OPA ronflantes et des composantes prétentieuses accouche souvent d'une souris.

- La pédagogie reste d'inspiration essentiellement constructiviste, sauf quelques petites touches rajoutées ici ou là. Fondamentalement, cela reste la pédagogie prônée par le PECARO. En faisant cela, on ne tient pas compte des résultats des recherches anglosaxonnes de ces 20 dernières années, recherches qui démontrent que la pédagogie traditionnelle et, plus encore, la pédagogie explicite donnent de meilleurs résultats pour tous les élèves, en particulier pour les élèves les plus faibles (voir le dernier livre de l'équipe du professeur Gauthier: document ecoles_efficaces.pdf ).

- L'éducation supplante nettement l'instruction, dans une vision quasi totalitaire de l'école où la jeunesse doit en fin de compte apprendre à se comporter toujours dans le sens voulu par des gens bien-pensants. Le politiquement correct, une forme de pensée unique et de formattage des cerveaux, occulte l'instruction nécessaire.

- On ne discrimine pas ce qu'il y a à savoir pour chaque année dans le cycle élémentaire (tout reste établi sur des cycles de 2 ou 4 ans), ni pour le cycle moyen (presque tout sur 2 ans). Il n'y a que pour le secondaire 1 (CO) que l'on discrime par année (et encore pas complètement). Les concordats suisse et romand n'empêchent pas pourtant des programmes annuels, mais les cycles font partie de l'idéologie dominante du PECARO.

- Pour respecter la volonté d'harmonisation suisse voulue par le souverain en mai 2006 pour faciliter la mobilité intercantonale, il faut pourtant des programmes plus précis et entièrement découpés par année. Le plan d'études romand ne répond pas à cette demande (excepté en partie au CO), sauf à en rajouter une couche. Pourquoi ne pas remplir directement cette condition ? Il existe actuellement un plan d'études romand pour l'école primaire, le GRAP, qui, lui, décline un programme globalement annuel.

- Plus grave encore, on élabore ce plan d'études sans tenir compte des standards de formation qu'il faudra développer suite à la convention intercantonale HARMOS. Ces standards ne seront réellement opérationnels qu'au plus tard 6 ans après l'acceptation de cette convention, qui n'interviendra pas avant 2008 (début ratification par les cantons), soit en 2014 seulement.
Rappelons que les standards de formation seront établis sur une base scientifique et commencent seulement à être testés. Par contre, nul test n'existe à notre connaissance pour établir les attentes de fins de cycle du plan d'études romand.

En réalité, c'est bien le modèle de feu la Rénovation primaire à Genève, désavouée par le peuple genevois le 24 septembre 2006, qui est étendue à toute la Romandie. Le "cancre" doit-t-il donner l'exemple à suivre sans tenir compte de la volonté du souverain ?

A qui cela profite-t-il ?
90 rédacteurs (15 par cantons) sont actuellement mobilisés pour faire à toute vitesse ce plan d'études. La pédagogie voulue est très gourmande en moyens de tout genre et on prévoit déjà commissions, sites web et experts multiples pour la faire tourner. Une bureaucratie pléthorique se met en place et justifie son existence pour l'avenir, veut se rendre indispensable...

C'est là aussi le modèle genevois qui s'impose à l'ensemble de la Romandie avec la complicité de tous ceux qui veulent sortir de leur classe et avoir un rôle de petit chef. Cela justifie aussi la mainmise de notre FAPSE sur toutes les formations et garantit ainsi le pouvoir de ses professeurs et leurs nombreux postes d'assistants. Tout ceci est d'abord une question d'argent et de pouvoir. Au détriment de la réelle qualité de notre système de formation qui pourrait utiliser toutes ses ressources bien mieux au service direct des élèves (effectifs moins importants dans les classes, appuis, etc.)

Le PER actuel est contraire à la Convention scolaire romande

Le 21 juin 2007, la CIIP a adopté un nouveau concordat, la Convention scolaire romande. Celle-ci précise que le PER est évolutif et doit se fonder sur les standards de formation voulus par Harmos. Donc, le PER actuel ne peut être que provisoire et devra être modifié très profondément. De plus, la Convention scolaire romande permet un découpage annuel des programmes et confie comme tâche à la CIIP de veiller à la diversité des approches pédagogiques dans la formation des enseignants ; de toute évidence, cette diversité doit toucher aussi le PER. Enfin, le PER ne doit être mis en oeuvre qu'en 2014 au plus tôt, en même temps que les standards de formation suisses.

Que faire ?
Il existe actuellement un plan d'études romand, le GRAP, qui est en grande partie découpé par année et qui ne cherche pas à imposer une pédagogie unique. La logique veut qu'on attende l'établissement des standards de formation et qu'on utilise le GRAP ou un programme inspiré par lui jusqu'en 2014.

Dans l'intervalle, le PER doit être fondamentalement modifié pour être en accord avec les concordats suisse (HarmoS) et romand (Convention scolaire romande), pour faciliter la mobilité intercantonale voulue par le souverain,  pour arrêter d'imposer une pédagogie unique néfaste pour les élèves les plus faibles et respecter les futurs standards de formation, enfin, pour être compréhensible et lisible par tous.


Patrice Delpin, webmestre de l'ARLE
juin 2007