Pour illuminer vos vacances d'été, tapez un soir que vous avez du temps « soutien scolaire » sur Google. Vous pensez que les instances officielles vont vous y proposer quelque remédiation pour bien préparer la rentrée et calmer les angoisses afin de réviser les programmes. Hé bien, non ! Le « soutien scolaire » est chose trop sérieuse pour qu'on le confie à l'École. Et ce sont des quantités de sites « privés » qui se succèdent. Allez y jeter un oeil.

 Depuis quelques années, ils abondent sur le Web : ce sont les sites de « soutien scolaire », payants, naturellement, qui mettent au service du néo-client des armées de professeurs dynamiques et performants. Ils font même de la publicité pour embaucher des maîtres. Les "écoles privées", ça a toujours existé, mais avec l'Internet ce phénomène est d'une autre nature puisqu'il s'apparente à l'aide à domicile. C'est du sur-mesure, de l'adapté, du personnalisé.

Grosso modo on sous-entend que l'École publique ne fait plus correctement son travail, parce qu'elle n'accorde à votre enfant ni l'attention ni le traitement personnalisés qu'il mérite bien. Cosmétique, cette école publique ne s'attaque pas aux problèmes de fond. On vous explique ensuite la raison qui vous fera choisir ce site plutôt qu'un de ses innombrables concurrents, en quoi les tarifs en vigueur y sont « préférentiels », etc.

Le marché est énorme. Avec le Web, il ne s'agit plus d'un petit appoint ici ou là, mais d'une réserve de clientèle presque inépuisable. Des profs du secondaire arrondissent leur fin de mois pendant juillet et août. Même certains profs d'Uni ou des amateurs s'y mettent tant le marché est juteux.

Et que proposent ces sites de tellement attirant ? Ils proposent de faire faire et de corriger des... exercices. Vous avez bien lu : des exercices répétitifs ! les bons vieux exercices que l'École a remplacés par des « activités » ! des exercices, ces pratiques réactionnaires d'une autre époque ! Eh bien, ils en redemandent, les parents ! Ils veulent des exercices d'orthographe, de grammaire, de maths. Mais aussi d'histoire, de philo, de géo, de langues vivantes. C'est le retour de l'école qui enseigne, qui transmet et qui prend le risque de répéter, de driller, de donner des règles, de construire pas à pas un savoir. Mais cela n'est pas gratuit, vous vous en doutez, cette école à l'ancienne, garantie authentique, c'est contre espèces sonnantes et trébuchantes qu'on y accède. Que voulez-vous, elle n'est pas pédagogiste !

Les gens qui veulent que leurs enfants sachent un peu d'orthographe, un peu de grammaire, un peu de savoir consistant, il faut bien qu'ils paient, tout comme ceux qui achètent ces belles brochures bien faites, structurées, et qui accompagnent les élèves durant les heures creuses de l'été pour leur apprendre l'allemand, la grammaire ou l'histoire. Plus de photocopies, mais des brochures ! On débourse, on débourse, parce que, chez ces gens-là, comme dit Brel, pour les enfants rien n'est trop beau. Et on investit à proportion inverse que l'école se désinvestit. Les marchands du Net ont bien compris qu'ils tenaient les petites gens par l'émotion pro-enfants, et ils ne sont pas près de les lâcher. Leur intérêt : que l'école publique et gratuite aille de plus en plus mal, fasse de plus en plus dans le pédagogo et les farines didactiques pour pouvoir intervenir ensuite le sourire aux lèvres et la bouche en coeur. Avec les nouvelles technologies de communication, l'aide à domicile devient abordable pour les familles inquiètes, et c'est un continent qui s'ouvre pour les marchands du temple.
 

Jean ROMAIN, 18 juillet 2003