Février 2005, lors de leur 1ère année au collège, 38 % à près de 50% des élèves pourtant promus du Cycle d’orientation sont en échec. Reflet d’une situation que l’on retrouve pratiquement dans tous les établissements de l’enseignement post-obligatoire. Le constat est alarmant. Commentaire d’un doyen : « Cessons de mettre de mauvaises notes aux élèves promus par le Cycle d’orientation ». Faut-il comprendre : supprimons les notes puisque ces élèves ont été jugés satisfaisants une bonne fois pour toute par nos collègues du CO, et délivrons dorénavant une maturité qui atteste d’un passage de 4 ans au collège de Genève, sans parler de succès ou d’échec ?
Soyons sérieux. Il est temps de redonner à notre école publique genevoise la cohésion et la cohérence dont elle manque cruellement. Le seul capital dont puissent disposer les milieux socialement défavorisés est le savoir acquis, l'effort et le mérite. Si l'école refuse de transmettre un savoir exigeant et d'évaluer l'élève sur son mérite, elle refuse aux élèves défavorisés leur seule chance de promotion sociale.
Notre école souffre depuis trop longtemps de sévères dysfonctionnements. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’ARLE a été créée, il y a déjà trois ans et qu’elle a aussitôt lancé, avec le succès que l’on sait, son initiative sur le maintien des notes à l’école primaire. Son nom seul, « association refaire l’école », démontre sa volonté d’actions ; rappelons celles qui sont essentielles si nous voulons traiter le mal par la racine.

En ce qui concerne l’enseignement primaire

Des programmes précis
Il est urgent de remédier au grand flou qui s’est instauré petit à petit à l’école primaire sous le couvert de bien trop vastes et utopiques objectifs d’apprentissage à atteindre, qui plus est dans des délais incertains. Cette situation, aggravée par la quasi-absence de moyens méthodologiques communs aux classes genevoises, a engendré une gabegie telle que chaque enseignant a fini par faire ce qu’il voulait, comme il voulait, quand il voulait.
Pour le bien de nos élèves, pour celui des enseignants et des parents, nos autorités scolaires doivent maintenant comprendre que des programmes communs, annuels, clairs et précis sont nécessaires. Des manuels adaptés doivent être élaborés et mis à la disposition du corps enseignant, condamné actuellement à passer frénétiquement par la coûteuse photocopie.

Une évaluation claire
L’évaluation des acquisitions des élèves doit, de plus, être faite régulièrement à l’aide de notes certificatives, accompagnées de commentaires. Les parents sont en droit de savoir clairement où en sont leurs enfants, sans avoir à se perdre dans de complaisantes généralités truffées d’euphémismes.

Des classes d’appui et d’accueil
Il est également impératif de créer une structure de classes d'appui digne de ce nom, à petits effectifs, pour les élèves en grandes difficultés. Ce n’est malheureusement aujourd’hui pas du tout le cas, puisqu’on applique la tactique du franc-tireur qui agit ponctuellement au coup par coup.
Il est enfin nécessaire de créer bon nombre de classes d'accueil pour assurer à chaque élève non francophone arrivant à Genève une maîtrise suffisante de notre langue.

Une méthode de lecture
En l’absence de méthode proprement dite, pendant des années, les enseignants élémentaires ont été contraints d’utiliser « le système D ».
« Quatre saisons pour lire » :ce sont les nouveaux moyens d’apprentissage de la lecture, en grande partie inadaptés et donc peu efficaces, que le DIP a récemment introduits, sans les expérimenter sérieusement. Si l’on veut assurer à chaque élève une 2P bien maîtrisée, il devient donc urgent d’élaborer enfin une méthode valable qui permette la maîtrise du déchiffrage en lecture, élément primordial en fin de 1P.

En ce qui concerne le C.O.

En mars 2001 le peuple a voté et s’est prononcé contre la 7ème hétérogène. Toutes les structures mises en place depuis lors n’ont pourtant fait qu’augmenter cette hétérogénéité des classes : plans d’étude donnés en termes d’objectifs d’apprentissage imprécis, méthodes d’enseignement basées essentiellement sur les théories aléatoires du socio-constuctivisme avec les manuels qui s’y réfèrent, options en tous genres, etc.
Là aussi, l’heure est à l’action.

Des filières clairement identifiables
Le Cycle d’orientation porte un nom qui a une signification. Son organisation doit s’y tenir. L’institution se doit d’offrir les choix adéquats à chaque pré-adolescent qui rentre au CO. Il est temps de mettre en place une structure dans laquelle on trouve des filières différenciées Les programmes, les normes de promotion et les exigences doivent y être clairement définis par année scolaire. Outre une filière dont la norme serait de 3 ans, il conviendrait donc de prévoir d’autres rythmes de scolarité pour les élèves qui ont de la facilité (2 ans), comme pour ceux qui en ont moins (4 ans).
Certains adolescents ont besoin d’une année supplémentaire pour combler leurs lacunes et pouvoir ainsi accéder à la filière tri-annuelle de leur choix.
Soyons réalistes : tous n’ont pas le goût et les capacités nécessaires pour faire des études basées avant tout sur l’activité intellectuelle. L’institution doit également songer à les orienter et à mettre en place une voie adaptée à leurs possibilités et à leurs attentes professionnelles.

La politique de l’autruche associée à la tactique de la baisse des exigences ne mène à rien. Les beaux discours qui brandissent l’utopie d’une école parfaitement égalitaire sont incapables de guérir l’école genevoise, on ne le voit que trop bien aujourd’hui. En attendant, ce sont nos enfants qui en pâtissent. Il est grand temps d’en venir à des pratiques sûres, peut-être moins séduisantes que les romantiques théories des sciences de l’éducation, mais propres à faire acquérir de solides bases au plus grand nombre à tous les niveaux.

Pour le comité de l’ARLE
André Duval, vice-président

Une version tronquée de cette lettre a été publiée le 18 mars dans la Tribune de Genève sous le titre « Près d’un élève sur deux promu du CO au Collège est en échec ! »