La bataille scolaire n’est pas encore terminée

Depuis le vote de son initiative lancée pour le retour des notes à l’école, l’Arle (Association Refaire l’Ecole) n’est pas restée inactive. Elle a encore de nombreuses propositions à faire qu’elle a tout dernièrement énoncées lors d’une conférence de presse tandis que Charles Beer, conseiller d’Etat en charge du DIP, provoquait simultanément un tollé avec sa nouvelle idée de 100 directeurs et directrices chargés de piloter des «projets d’école».


Voilà plus de 10 ans déjà qu’à Genève, l’école subit les effets de réformes qui la place au centre des préoccupations, en divisant les partisans et les opposants au changement.
Dernièrement, c’est entre autres, autour de la question des notes dans le primaire que s’est cristallisé le débat. Ce système d’évaluation ordinaire – remis en question au temps de Martine Brunschwig-Graf- a été partiellement réintroduit par Charles Beer, lors de son arrivée au Département de l’instruction publique en 2003... Pas de quoi, cependant, satisfaire les défenseurs de l’école non «rénovée», qui n’ont jamais apprécié cette demi-mesure «ne rendant pas compte du niveau de connaissance acquis par l’élève». Parmi ces opposants, figure l’Arle, l’association Refaire l’Ecole, constituée d’enseignants et de parents d’élèves luttant «pour une école de qualité».
Le 24 septembre dernier, l’association a vu l’initiative qu’elle avait lancée pour le retour des notes à l’école primaire, plébiscitée à 75,73% par la population genevoise appelée aux urnes pour qu’enfin, il soit trouvé une issue à cette bataille scolaire…  58% des Genevois ont aussi approuvé le contre-projet de la droite, sur lequel ils étaient également appelés à s’exprimer. C’est toutefois l’initiative de l’Arle qui aura eu la préférence. 
Si les membres de l’association se réjouissent aujourd’hui de ce vote, ils spécifient cependant que ce résultat «n’est que la pointe de l’iceberg».

Refaire l’école: dans le primaire…

Lors de rencontres avec le conseiller d’Etat Charles Beer, l’Arle et le syndicat des enseignants (la Société pédagogique genevoise), ont eu connaissance d’une première version du règlement d’application de l’initiative pour la réintroduction des notes. Ils devront rendre leur avis pour la fin de l’année, de façon à ce que «ce règlement d’enseignement primaire soit sous toit pour le mois de janvier 2007 et qu’il puisse entrer en vigueur à la rentrée 2007». La première lecture de ce projet de règlement a laissé penser à l’Arle que Charles Beer était déterminé à respecter l’esprit de son initiative. Elle en doute aujourd’hui.
Quid, par exemple, de la manière dont sera appliqué ce règlement sur le terrain? Comment ceux qui étaient opposés à l’initiative de l’Arle, vont-ils s’y prendre pour faire respecter la volonté populaire?
Autant de questions que les membres de l’Arle se posent, tout en continuant à formuler de nouvelles demandes, comme des demi-points pour les notes sur tous les travaux ainsi que sur les moyennes annuelles et trimestrielles; une hiérarchisation des disciplines (français, math, allemand, environnement); des épreuves cantonales «sérieuses»; l’élaboration de plans d’étude annuels qui «soient clairs, précis et compréhensibles par tous» au lieu «de la marmelade actuelle qui reprend les objectifs d’apprentissage d’avant la votation», souligne André Duval, le président de l’Arle.

Appui au primaire

Mais l’association met aussi l’accent sur l’appui au primaire en proposant, grâce à une redistribution de certains postes, - ceux des généralistes non titulaires, des formateurs, des responsables d’école et des enseignants des non francophones -  la création d’une classe dans chaque école élémentaire du canton, réservée à des 1re et 2e primaires. «Sur ces 255 postes, 150 pourraient être affectés à la création de ces classes», précise André Duval. Cet appui ne serait que de transition pour des élèves appelés à rejoindre une classe traditionnelle une fois leurs lacunes comblées. Une initiative qui aurait aussi l’avantage d’alléger les effectifs et d’harmoniser les classes.

… et dans le secondaire

Quant au Cycle d’Orientation, aux dires du vice-président de l’Arle, Roger Durand, «il n’est pas en meilleur état que le primaire».
L’association ne se dit pas favorable aux deux initiatives qui ont été déposées pour le réformer. L’une, émanant du réseau Ecole et Laïcité, «est beaucoup trop complexe et rigide». Elle ajoute une année de plus à l’école publique obligatoire alors que l’Arle n’est pas pour une prolongation systématique des études. La seconde, de la Coordination Enseignement, prône l’homogénéité des classes, «un principe rejeté par le peuple en 2001».
«Nous collaborerons avec toute force qui voudrait contribuer à élaborer un projet de loi qui permette de remettre le Cycle sur les rails, mais nous ne lancerons pas notre propre initiative», devait encore préciser Roger Durand.
L’Arle propose une répartition du Cycle d’Orientation en sections (prégymnasiale, intermédiaire et pratique) avec pour les élèves, un passage d’une section à l’autre «plus facile qu’actuellement»; le rétablissement des branches principales; des plans d’étude clairs, établis par branche, par année, section par section; des épreuves communes qui soient de véritables instruments de mesure; des moyens de soutien pour les élèves en difficulté et qui aident à la réussite d’un changement de section. Et, afin de faciliter les échanges entre l’école primaire et le secondaire, la création d’un poste de fonctionnaire coordinateur, patron de l’école publique obligatoire «avec des compétences pour donner des ordres aux actuelles directions du primaire et du Cycle car c’est seulement avec une structure hiérarchique institutionnalisée qu’on pourra peut-être rendre à l’école publique une certaine cohérence».

«Sonderfall Genf», l’éternel cas particulier

La dernière question devait concerner la formation des enseignants. «Devant l’attaque menée contre la Faculté de psychologie des sciences de l’éducation, Mr Beer a voulu mettre en place un Institut de formation des maîtres, de sinistre réputation en France. Il s’agit grosso modo, de changer d’étiquette et faire la même chose, en mettant peut-être un peu plus l’accent sur la formation pratique des enseignants du primaire»,  a exposé le porte-parole de l’Arle, Jean Romain. Les membres de l’association, sur ce plan, souhaiteraient plutôt que Genève se dote d’une Haute école pédagogique, à l’instar de la totalité des autres cantons. «Car pourquoi vouloir à tout prix se distinguer à Genève?»
La question reste sans doute posée au Conseiller d’Etat chargé du Département de l’instruction publique…

Martine Vineturine, in Tout l'Immobilier, 27 novembre 2006