AIE ! Est-ce qu'on ne se serait pas tiré dans le pied, maladroit !

On lit, dans FAMCO INFOS Numéro 22 de mai 2003 (extrait ci-dessous de la page 3), ces propos de Philippe Chervet sur la pensée pédagogique unique qui sévit à l'Institut de Formation des Maîtres de l'Enseignement Secondaire IFMES.
Sans commentaires.
MEF = Maître En Formation
MFR = Maître FoRmateur



Les MEF n’ont pas grand chose à dire non plus, puisqu’ils n’ont pas su s’organiser sur la durée, sinon individuellement lorsqu’ils ont des problèmes!

Les formateurs (essentiellement les MFR) quant à eux ont su investir l’espace ainsi dégagé pour se l’approprier en fonction de leurs intérêts particuliers. La vague de MEF pousse I’IFMES à donner de plus en plus d’heures de formation aux MFR, au détriment de leurs propres heures d’enseignement (le projet initial prévoyait une répartition moitié-moitié. On en est loin...). Ainsi on entend de plus en plus ce refrain prétendant que " formateur est un autre métier que celui d’enseignant ", qui mériterait un autre statut et, pourquoi pas une autre classe de salaire! On est très vite revenu à cette pratique de cooptation des nouveaux par les équipes d’anciens en ce qui concerne les engagements, le préavis du Conseil de l’Institut n’étant que de pure forme! La dérive mène droit à la constitution d’une caste d’experts auto-proclamés se croyant investis d’une mission supérieure. Comme seule l’évaluation faite par les MFR compte vraiment, à part quelques cas de conflits avec des directions d’école, la relation que l’on avait voulue paritaire avec les MEF est redevenue un véritable rapport de force, et malheur au MEF qui voudrait discuter les préceptes de son didacticien! Certains refusent même à leurs MEF de venir les voir en classe, comme leur cahier des charges les y oblige pourtant!

Sur le contenu de la formation on a aussi assisté à une dérive dangereuse privilégiant les didactiques de discipline ou détriment des autres aspects de la formation (quand parle-t-on vraiment de la relation avec les élèves ?). Les questions concrètes posées par les MEF sur leur vie quotidienne en classe sont rarement prises en compte, il faut d’abord " déconstruire " (à titre d’exemple, les MEF de français de première année n’ont toujours pas abordé leur plan d’études après un semestre de séminaires de didactique!).

La place que le socio-constructivisme y a trouvée est aussi inquiétante dans la mesure où c’est devenu le Dogme intangible de l’Institut. Nous ne nions pas le caractère enrichissant de cette approche pour nos élèves, mais nous avons suffisamment combattu les chapelles d’autrefois pour ne pas nous laisser enfermer par celle-là. Une formation de qualité consiste à évoquer toutes les méthodes possibles et laisser le jeune maître choisir en toute indépendance celles qu’il considère comme les plus pertinentes pour son enseignement. Aujourd’hui, le MEF n’a pas ce choix, et c’est très grave! On ne forme pas des enseignants réflexifs, mais des exécutants dociles d’une seule méthode.

Autre problème inquiétant: les échecs de certains MEF. L’Institut est là pour déterminer si les candidats sont bien faits pour exercer un métier très difficile pendant trente ans, et c’est son rôle de fermer la porte à ceux qui ne sont pas à la hauteur.

Bien entendu les candidats en échec ont droit à un soutien syndical pour vérifier qu’aucune injustice n’est commise à leur endroit, mais quand on apprend que des directions d’établissement récusent l’avis légitime des formateurs et forcent l’institut à donner des CAES à des gens qui ne devraient pas l’avoir, parce qu’il est tellement difficile de trouver des nouveaux maîtres à engager, on peut vraiment s’interroger sur le cas que l’on fait de l’évaluation de I’IFMES. Quand de plus on voit des MEF en échec avéré se tourner vers la Justice pour obtenir gain de cause, on peut craindre une tendance fâcheuse chez certains MFR à " laisser passer " tout le monde pour éviter les problèmes. S’il y a si peu d’échecs à I’IFMES, n’est-ce pas que le niveau de qualité de la formation a été abaissé ?

Qu’on soit clairs, la FAMCO n’exige pas des échecs pour le plaisir, mais si n’importe qui peut réussir son IFMES sans problème, c’est le qualité de notre profession qui est en cause.

Enfin il faut terminer ce triste état des lieux par une constatation qui nous navre. De nombreux MEF, une fois sortis de I’IFMES comme on serait sorti du service militaire, ne veulent plus entendre parler de formation continue, habités qu’ils sont par l’idée, fausse hélas, que ces deux ou trois ans de pensum les ont mis à l’abri de toute remise en question, si ce n’est chez certains pour se libérer de la gangue du socio-constructivisme et revenir au bon vieux drill frontal de nos grands-parents!!