On lit dans la Tribune de Genève du 10 janvier que l’IFMES (Institut de Formation des Maîtres de l’Enseignement Secondaire) essuie des avalanches de reproches de la part des étudiants, sans doute cornaqués par les habituels réactionnaires, parce qu’il a fait du socioconstructivisme son idéologie, sa bible, sa croyance. Le directeur, qui n’est pas un ayatollah, réfute ces reproches périphériques, bien sûr, car il va sans dire que cet Institut - hyper idéologisé et gangrené jusqu’à la moelle par le socioconstructivisme - est « en mutation ».

En fait, c’est une erreur, l’IFMES ne va pas mal, et si parfois il rencontre quelque adversité c’est qu’il est en mutation. Voyez-vous, le monde pédagogique qui vole de succès en succès ne se détraque pas, il change et va de l’avant. Telle est la vision progressiste, donc rassurante, de ceux qui y enseignent, directeur en tête, et si les critiques pleuvent sur cet Institut, il faut les considérer comme de simples épisodes d’une mutation plus globale, et qui n’altèrent en rien la nature triomphale des choses.

Ne dites plus que le climat se détraque, dites qu’il est en mutation. Ne dites plus que l’école ne va pas bien à Genève, dites qu’elle est en mutation, comme dans le canton de Vaud. Ne dites plus que l’AI sombre, dites que l’AI est en mutation. Ne dites plus que les caisses maladies sont des permanentes de l’hystérie, dites que les caisses maladies sont en mutation.

Fort de ce constat, le parti progressiste de l’IFMES poursuit donc sa route, droit devant lui, avec la même inébranlable certitude qu’un socioconstructiviste. En fait, si bien des pays ont renoncé à cette méthode élitiste, si bien des études en démontrent clairement les limites, c’est que ces pays et ces études n’ont pas entrevu les merveilles que l’avenir pédagogique en mutation promet aux gogos qui y croient. Les bons apôtres de l’universelle pastorale poursuivent donc envers et contre tous le chemin en mutation que leur ont indiqué les grands prêtres de la FAPSE, sans se démettre de leur rhétorique optimiste qui ne s’accroche jamais à aucune vision passéiste.

Et si demain, le ciel vous tombe sur la tête, ne vous dites surtout pas que c’est la fin des temps, mais dites-vous, sereins, que le temps est en mutation.

Allez, Tartuffes ! Fermez l’IFMES ! Cet institut de formatage des maîtres.

Jean Romain, in commentaires.com, 12 janvier 2006