in Tribune de Genève, 17 février 2009

ÉDUCATION | Le Parti radical goûte peu le projet concocté par Charles Beer.
par JÉRÔME FAAS

Depuis son élection, le socialiste Charles Beer doit affronter un inlassable contradicteur: le Parti radical. Que le conseiller d’Etat dise blanc, le «grand vieux parti» dit noir, avec une régularité de métronome. La formation des maîtres ne déroge pas à la règle. A peine le patron de l’Instruction publique a-t-il dévoilé son projet de loi que le député Jacques Follonier brandit la menace du référendum.

La méthode a déplu aux radicaux

Au début du mois, Charles Beer annonçait la création d’un Institut universitaire de formation des enseignants pour la rentrée 2009 (nos éditions du 5 février). La méthode a déplu aux radicaux. «Pourquoi proclamer cela, alors que le Grand Conseil doit aussi traiter notre propre projet de loi qui réclame non pas un Institut universitaire, mais une Haute Ecole pédagogique? Cela contraint le parlement à travailler à la sauvette.» Jacques Follonier, qui rappelle que le Législatif attend toujours le projet de loi entérinant l’introduction des directeurs d’établissement, reproche une nouvelle fois au ministre de pratiquer la politique du fait accompli.

Il avertit: «Si ce projet n’est ni amendé ni explicité, qu’on ne dit pas la vérité, nous tenterons de lancer un référendum.» Car sur le fond, le député se montre critique. Il s’étonne d’abord que nulle part, dans ce projet, n’apparaisse le terme d’Institut universitaire: une manière de noyer le poisson, selon lui.

Surtout, la loi prévoit que les instituteurs obtiennent un bachelor (180 crédits) doublé d’un certificat (60 crédits). Le but du Département est de maintenir la durée actuelle de leurs études: la licence mention enseignement, qui s’étend sur quatre ans, correspond à 240 crédits.

«Mais rien, dans ce projet, n’indique comment les maîtres seront payés. Or, il paraît évident que plusieurs d’entre eux obtiendront un master, qui nécessite 270 crédits, en cours de carrière: seuls 30 crédits supplémentaires le leur offriront. Cela préfigure une bagarre avec les syndicats que le Grand Conseil risque de ne pas voir passer», s’alarme Jacques Follonier.

Il s’inquiète aussi des disparités avec les autres cantons. Les maîtres issus des Hautes Ecoles romandes, tous nantis d’un bachelor, pourront bien sûr enseigner à Genève; mais ils ne seront nommés que s’ils passent le certificat ad hoc. «Implicitement, le Département insinue que les enseignants des autres cantons ne sont pas bons. J’ai l’impression qu’il signe des accords bilatéraux avec le reste de la Suisse. Genève se comporte une fois de plus comme un village gaulois.»

Les radicaux sont isolés

Mais la colère de Jacques Follonier semble à la hauteur de son isolement sur le sujet. Ainsi le libéral Pierre Weiss, traditionnel allié des radicaux, ne les suit-il pas sur le terrain de l’affrontement avec le DIP. «Ce projet de loi peut tout à fait être adopté très rapidement. Un compromis est possible avec le Conseil d’Etat. Et les radicaux et l’UDC ignorent l’argument financier: une Haute Ecole pédagogique coûterait bien plus cher que cet Institut.»