ÉDUCATION Le Parti radical dépose un projet de loi pour créer une Haute Ecole pédagogique.

Par Jérôme Faas in Tribune de Genève du 2 septembre 2008

L'école primaire était à peu près le seul ordre d'enseignement qui ne devait pas faire débat cette année. C'est raté. Les radicaux se sont lassés d'attendre la réforme du système de formation des maîtres du primaire promise en 2006 par le Département de l'instruction publique (DIP). Le parti passe donc à l'offensive. Il dépose aujourd'hui un projet de loi réclamant la création d'une Haute Ecole pédagogique (HEP).

La collision avec les visées du DIP est écrite. Car son patron, Charles Beer, annonce dans la foulée que le Conseil d'Etat déposera son propre projet en octobre. Le texte proposera de mettre sur pied un Institut universitaire de formation des enseignants (IUFE).

Pour l'heure, le député radical Jacques Follonier est parvenu à rallier l'UDC au projet de HEP. Il poursuit plusieurs buts: harmoniser le système genevois avec celui des autres cantons, ramener la formation des instituteurs à trois ans, sanctionnés par le grade de bachelor, et soustraire les étudiants à l'influence «contraire à la volonté populaire» de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (Fapse).

Beer veut un master

«Quand on veut harmoniser les plans d'études et la formation continue, il paraît logique d'harmoniser aussi la formation de base des enseignants», argumente Jacques Follonier. Quant à la durée de formation nécessaire, il estime que les maîtres ont besoin «d'un enseignement avant tout pratique. On leur demande d'apprendre à lire et à écrire à nos enfants. Cela ne nécessite pas un master», soit cinq ans d'études.

Charles Beer préfère au contraire un modèle en cinq ans: trois ans de formation générale pour l'embauche. Plus deux ans de spécialisation, «par exemple en langues ou en enseignement spécialisé», pour la titularisation.

L'harmonisation, elle, «se fait déjà, dans le sens où une exigence minimale est définie. Harmoniser ne veut pas dire centraliser. Il n'existe pas de modèle unique en Suisse, mais tout le pays prévoit d'imposer au moins le bachelor.»

Une HEP coûte cher

Si les radicaux paraissent relativement isolés sur le sujet, c'est que le projet de Charles Beer séduit même une partie de la droite. «Une HEP coûterait plus cher que l'Université», calcule le socialiste, développant le même argument que le libéral Pierre Weiss: la Confédération ne subventionne pas les HEP. «Je suis choqué, rétorque le radical. Pour l'école primaire, l'argent ne devrait pas être un problème. Il s'agit des fondations de la maison!»

Seule la volonté étatique de privilégier une formation en cinq ans déplaît aux libéraux. «Et si le but est d'obtenir un cursus en trois ans, un projet de loi de l'Entente existe déjà», note Pierre Weiss. Car si, comme le prédit Jacques Follonier, l'époque est à la spécialisation des maîtres, «exiger un master pour titulariser un enseignant empêcherait d'engager des Suisses alémaniques. Or, il paraît sage d'utiliser les pluralités linguistiques du pays.»

Ici se situe la ligne de fracture avec la gauche qui redoute une formation genevoise «au rabais. Les autres cantons nous envient, affirme le député du PS François Thion. Il faut vraiment mettre le paquet pour les maîtres du primaire. C'est fou le nombre de choses que doit savoir un instituteur!»

La faculté critiquée

Reste la question de la mainmise sur la formation d'une Fapse taxée de «pédagogisme» par la droite. Elle se posera à coup sûr. Charles Beer explique avoir fait un pas dans le sens des radicaux, ne déléguant que les trois premières années à la faculté controversée. Jacques Follonier, lui, rêve d'une HEP parfaitement autonome de l'Université. «Le canton de Vaud a acquis ce statut», se félicite-t-il.

Alors, HEP ou IUFE? Les termes du débat témoignent au moins d'un consensus: plus grand monde ne veut du système actuel.