par Patrice Delpin, membre de l'Arle
in Le Temps, courrier des lecteurs, 12 mars 2008


Comme vous le dites dans vos colonnes du 27 février: «L'enseignement genevois est un immense chantier.» A force de vouloir faire oublier la défaite sur les notes du 24 septembre 2006 et le fait que le cycle d'orientation doit rétablir les sections pour répondre à deux initiatives pendantes, M. Beer a pris le risque de tout changer en même temps au DIP.

Cette frénésie de changement est dangereuse à plus d'un titre. Ainsi, imposer à la hussarde 94 directeurs au primaire, en lançant les appels d'offres en novembre avant d'en informer les députés et avant tout vote budgétaire, sans avoir évalué l'innovation ni modifier la loi, c'est prendre le risque d'un chaos généralisé à la rentrée 2008.

Cette réforme dispendieuse, où le DIP est obligé, pour la payer, de dépouiller Paul pour vêtir Jean, multiplie par quatre la hiérarchie de l'école primaire, alors que Genève a déjà l'école la plus bureaucratisée et hiérarchisée de Suisse (et très probablement du monde).

Pour la formation des enseignants, si M. Beer recule d'un an l'ouverture d'un nouvel Institut (ses locaux n'existant même pas), il persiste à annoncer une voie solitaire pour Genève, ne tirant pas les enseignements du plébiscite populaire sur l'harmonisation suisse. Il veut obtenir une discrimination des autres formations suisses (faites dans des Hautes Ecoles pédagogiques) en ne leur permettant pas de suffire à une nomination dans l'enseignement genevois. Cela est inadmissible et injustifiable. Si encore Genève pouvait se targuer d'être en tête des comparaisons intercantonales, cela pourrait se comprendre, mais, quand on est le dernier, on devrait être plus modeste et accepter de s'aligner sur les autres cantons. Enfin, le 25 septembre 2006, M. Beer déclarait dans vos colonnes «que l'on ne pourra plus lancer de grandes réformes sans consulter le peuple». Force est de constater que cette promesse est parole en l'air.


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