par Roger Durand, vice-président de l'ARLE, in Tribune de Genève, rubrique L’invité, 25 mars 2008


Ainsi Charles Beer a-t-il décidé de retarder d’une année la création de l’IUFE (Institut  Universitaire de Formation des Enseignants). Serait-ce pour se donner le temps de rencontrer les personnes concernées, à savoir les étudiants et les enseignants fraîchement issus de la formation ?

En effet, le meilleur moyen d’améliorer un système pour en connaître les faiblesses et les points forts n’est-il pas d’interroger en priorité ses usagers ?

Malheureusement, il n'allègue que des questions de locaux ! Ainsi, la voix du terrain ne sera pas entendue. Qu’importent la spécificité de la formation et son adéquation aux besoins des élèves ? Seul semble compter le prestige du diplôme !

Si, en tant qu’étudiant, vous avez passé cinq ans à l’Université à lire des milliers de pages, on considère désormais que vous connaissez tous les courants théoriques, les dernières recherches en innovation pédagogique de laboratoire, la sagesse inspirée des gourous de la FAPSE.

Avec un master, vous serez déclaré apte à l'enseignement… Que vous ne sachiez pas planifier votre programme annuel, ni construire vos leçons et les adapter à vos élèves, ni enseigner correctement l’écriture, les activités artistiques ou physiques n’a guère d'importance. Seuls comptent la théorie et le papier !

Le Président du DIP peut-il ignorer que l’école primaire a besoin de praticiens compétents qui maîtrisent la matière elle-même des nombreuses disciplines qu’ils doivent enseigner ?

Peut-il ignorer que les jeunes élèves ont besoin de maîtres préparés aux gestes professionnels qui rendent possible la transmission des connaissances et des savoir-faire ? C'est précisément la mission concrète d’une HEP (Haute Ecole Pédagogique) : avec un bachelor, elle offre une formation en contact étroit avec le terrain.

La formation universitaire actuelle est entachée de graves lacunes, dans beaucoup de branches. Un exemple : l'enseignement de l’écriture. Alors que cet apprentissage occupe une large place dans le cursus scolaire de l’école enfantine, aucun module ad hoc n’est prévu dans la formation de base. Que penser en outre du peu d’heures d’enseignement (16 en tout et pour tout) dévolues aux disciplines d’environnement (histoire, géographie, sciences) ?

On doute fort que cinq ans d’une formation universitaire inadaptée vaudraient mieux que trois ans de formation dans une école professionnelle  proche des attentes du terrain !

A-t-on songé que, dans toute la Suisse, trois ans d’études (équivalant à un bachelor) sont jugés suffisants pour être nommé en tant qu'instituteur ?

A Genève seulement, il faudra un master (soit deux ans d’études supplémentaires) pour être titularisé. En plus de son surcoût inutile et de la "surdose" académique imposée à des pédagogues, cette prétention genevoise va manifestement à l’encontre de l’harmonisation scolaire suisse adoptée en votation par le peuple genevois, il y a un an seulement.