par Jean Romain

 
(L'invité de la Tribune de Genève - www.tdg.ch - du 9 octobre 2006)

 
Coup sur coup, la Tribune donne la parole à deux professeurs de la Fapse de Genève. L'un (27 sept.) pour nous expliquer que l'idéologie (celle des autres) ronge l'école mais que la diversité règne bel et bien au sein de sa faculté; l'autre (28 sept.) pour nous expliquer que le socioconstructivisme n'est qu'un cadre général et qu'il n'est pas un épouvantail. Le premier exige des faits; le second affirme que l'enfant n'est pas une oie qu'on peut gaver.

Regardons de plus près. Une école ne peut être efficace, c'est-à-dire obtenir des élèves des résultats probants, qu'en fonction de l'enseignement qui y est dispensé. Or, à Genève, la réformite qui a secoué l'école obligatoire durant deux décennies n'a justement pas obtenu les résultats escomptés. Les faits sont que 20% des élèves sont sous-formés au sortir du primaire, et qu'ils ne parviennent pas à être correctement instruits au sortir de leur scolarité obligatoire. On peut bien évoquer le manque de moyens, la plus grande disparité de la population, les difficultés sociales, etc., les faits, eux, sont clairs: nous sommes impuissants à amener toute une jeunesse aux connaissances minimales nécessaires à sa vie d'homme et de citoyen. Tout le reste n'est que théories, idéologies, et appartenance sectaire, dont la Fapse est un modèle.

Le peuple genevois, lui, ainsi que pas mal d'intellectuels et de professeurs, ont très bien compris le message de la Fapse; ils l'ont même reçu 6 sur 6, et c'est pourquoi ils ont voté en masse contre la vision qu'il véhicule.

«Le socioconstructivisme, affirme angéliquement l'autre professeur, n'est ni un mode d'enseignement, ni une méthode, ni une pratique pédagogique. Il n'est pas plus une théorie de l'enseignement.» Parfait! Qu'est-il, alors? On voudrait plus que des affirmations qui se complaisent dans le flou. De deux choses l'une: soit cette théorie est utilisée pour éclairer l'apprentissage, et elle implique nécessairement des actions à poser au niveau de l'enseignement. Soit le socioconstructivisme n'a en effet rien à voir avec l'enseignement, et alors qu'on cesse de nous en rebattre les oreilles!

Pour ce qui est de l'apprentissage, plusieurs études prouvent qu'il est préférable de miser sur la théorie cognitiviste qui a démontré, contrairement au socioconstructivisme et au constructivisme, ses effets positifs sur l'amélioration des pratiques d'enseignement, et par ricochet sur le rendement scolaire des élèves. (Travaux de John Anderson et de Barak Rosenshine, 1986 et 2002).

On veut bien admettre cette croyance exaltée, aux prétendues vertus du socioconstructivisme comme le laisse entendre ce professeur. Mais sans avoir un minimum de résultats démontrant son efficacité, cela relève de la pure profession de foi ou de l'idéologie! Par ailleurs, Siegfried Engelmann (1967, 1971), le concepteur du «Direct Instruction», a réalisé plusieurs recherches remettant sérieusement en question certains travaux de Jean Piaget.

Il convient, bien sûr, à l'université, d'enseigner toutes les théories pédagogiques, elles ont droit de cité. Mais il est essentiel de s'éloigner de cette dérive qui consiste à confondre les outils de recherches avec les pratiques d'enseignement concrètes dans les classes.

L'idéologie de la Fapse fait partie du problème scolaire genevois et non pas de sa solution. En fait, Genève a besoin pour refaire son école d'une Haute Ecole pédagogique, axée comme dans d'autres cantons sur la pratique de l'enseignement de terrain.
 

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