Paru le 8 février 2002 dans Le Courrier
 

ENSEIGNEMENT ï L'Association refaire l'école tenait hier sa première assemblée générale. Au menu: remettre les notes au centre du dispositif pédagogique.
 

MARCO GREGORI


«Entre l'internationale des pédagolâtres et l'internationale du pognon, il y a une place pour l'internationale des républicains.» Jean Romain, enseignant et président de L'Association refaire l'école (ARLE), est gonflé à bloc. Il faut dire qu'ARLE n'arrête pas de faire parler d'elle et d'accueillir jour après jour de nouveaux membres. Ils sont actuellement 230, essentiellement des enseignants, et plus de la moitié d'entre eux se sont rendus hier soir à la première assemblée générale. Tous à dire leur ras-le-bol face aux réformes qui touchent l'enseignement, plus particulièrement au primaire et donc à applaudir lorsqu'il a été question de lutter contre la suppression des notes.

POÉTIQUE DU LIVRE

Au milieu de ses troupes, Jean Romain prend un air détaché. Il laisse le rôle d'animateur de l'assemblée à son vice-président François Truan, tout en intervenant de temps à autre pour lâcher des formules du style: «Nous sommes le pôle républicain de Genève.» Ou bien, en réponse à un enseignant, qui regrettait la disparition des manuels scolaires, remplacés par d'innombrables photocopies: «Les photocopies sont un véritable problème. Une photocopie cela ne vit pas et reste confiné à l'horizontalité. En revanche, un livre vit, possède une verticalité, on le prend, le consulte, le déplace. Avec la disparition des manuels, on a perdu une poétique du livre.»

Digression poétiques mis à part, il a beaucoup été question de la rénovation du primaire, si honnie par ARLE. Jusqu'à il y a une semaine, le comité souhaitait proposer à sa base le lancement d'une initiative populaire destinée réintroduire les notes à l'école. Objectif, répété par François Truan et par d'autres: «Casser la rénovation.» Ce retour à une évaluation de type classique rendrait caduque deux des grands principes de la rénovation: l'évaluation formative - qualifiée de bla-bla - et les cycles d'apprentissage sur quatre ans, équivalant, selon un membre de l'assemblée, à un retour au Moyen Age.

RENCONTRE AVEC LA DROITE

Le hic, c'est que, il y a quelques jours (lire Le Courrier du 1er février), Martine Brunschwig Graf, la cheffe du Département de l'instruction publique (DIP), annonçait vouloir amener la question des notes au Grand Conseil, donc d'en faire un débat politique. Sur le fond, cela réjouit ARLE, celle-ci estimant d'ailleurs y être pour quelque chose dans le subit souci démocratique de la conseillère d'État. Mais ARLE est formellement gênée aux entournures. Doit-elle, malgré tout, lancer une initiative ou attendre l'issue des débats parlementaires pour, le cas échéant, lancer un référendum? l'assemblée n'a pas tranché, se contentant de voter, à une quasi unanimité, la déclaration d'intention suivante: «L'école primaire genevoise a l'obligation d'avoir une évaluation annuelle chiffrée et certificative, dont il est tenu compte pour le passage d'un degré à l'autre.» Au comité de juger de la forme qu'il convient d'adopter et du moment opportun.

D'ailleurs, cela pourrait prendre la forme du lobbying, puisque L'Association rencontrera, en mars, une commission pédagogique des trois partis de l'entente «à laquelle participera Martine Brunschwig Graf», dixit Jean Romain. Une prise en considération de L'Association par la droite qui fait dire à ce même Jean Romain: «Nous ne sommes pas une assemblée occasionnelle, nous ne sommes pas encore une association essentielle, mais nous sommes en voie d'essentialité.»

Et comme le débat démocratique se conçoit généralement entre deux pôles opposés, L'Association se déclare presque enchantée de ne pas faire l'unanimité. Ainsi, le journal de la Coordination enseignement aRobase, dont le premier numéro, encarté dans Le Courrier d'hier, tire à boulet rouge sur elle, n'est pas passé inaperçu. Formule de François Truan: «Ce tir de barrage contre ARLE est un hommage du vice à la vertu.»
 

© Le Courrier