Article publié dans la  Tribune de Genève - www.tdg.ch - Invité du 11 février 2004 - André DUVAL


En 1998, le Grand Conseil genevois a invité le Conseil d'Etat à procéder à une analyse de « l'état des relations élèves-enseignants-e-s ».

En novembre 2002, le DIP a mandaté Erasm, société d'enquêtes professionnelle, pour réaliser une étude auprès des enseignants de l'école publique genevoise, de la division élémentaire au post-obligatoire. Effectuée par un institut neutre en mesure d'enquêter sans préjugés, l'étude qui en est résultée peut assurément être considérée comme fiable.

Connus en mai 2003, édités en novembre dernier, les résultats n'en ont été rendus publics qu'à mi-janvier 2004. Interrogé sur son contenu, Charles Beer, président du département de l'Instruction Publique, en a fait ce commentaire :
« Ces chiffres expliquent que les enseignants sont très critiques sur le pilotage de la rénovation mais ne remettent pas en cause le fond des réformes. » (la Tribune de Genève du 29.01.2004)

Ces propos sont pour le moins surprenants. Voyons plutôt.

L'étude Erasm traite globalement du malaise du corps enseignant genevois, qui trouve sa source, entre autres, dans les « changements » affectant l'école depuis plusieurs années. De manière significative, cette enquête révèle non seulement la manière dont ils sont perçus par les enseignants, mais aussi dans quelle mesure ils sont souhaités.
Verdict: un rejet sans appel des réformes, qu'il s'agisse de la manière dont elles sont menées (le « pilotage ») ou de leurs buts (le « fond »).

Depuis plusieurs années, on ne cesse de proclamer que l'objectif majeur des réformes est de corriger les inégalités, d'atténuer la sélection des élèves et de lutter contre l'échec scolaire.

Il se trouve qu'Erasm pose les bonnes questions au sujet du contenu de ces réformes, parmi lesquelles la rénovation, dont on laisse croire que les instituteurs genevois la « plébiscitent ».

Voici quelques-unes des réponses, on ne peut plus claires, que les enseignants donnent, bel et bien sur le « fond » des réformes:

 

 

  • 84% des enseignants (75% des instituteurs) sont en désaccord avec l'affirmation selon laquelle les changements permettront de lutter contre l'échec scolaire.
  • 51% des enseignants, (45% des instituteurs), adhèrent à l'affirmation selon laquelle les changements renforcent la sélection parmi les élèves.
  • 87% des enseignants (80% des instituteurs) estiment que les changements montrent difficilement leurs avantages.

L'ARLE s'est créée précisément pour que ces choses soient dites haut et fort. Nous trouvons enfin confirmation de nos analyses dans les chiffres irréfutables recueillis par un institut dont l'enquête a été déclarée importante et fiable par le D.I.P.

Ainsi une grande majorité des enseignants genevois, y compris les instituteurs, ne croient pas aux bienfaits de la rénovation de l'école primaire.

Charles Beer a annoncé qu'il ne défendrait pas un projet qui n'aurait pas le soutien des enseignants. L'étude Erasm tombe à point nommé pour le lui rappeler, ainsi qu'à nos élus, afin qu'ils prennent les bonnes décisions.

Les citoyens également ne s'y trompent pas. Ils sont conscients de la baisse de qualité que l'école genevoise subit depuis plusieurs années. Il est grand temps qu'eux aussi le fassent savoir et qu'ils réagissent.
 

André Duval,
Vice-président de l'ARLE