Jean Martin, in Tribune de Genève du 1er mars 2004

Une lettre de lecteur: "Bravo les enseignants du primaire" (TG 23.01.04) et un article: "La rénovation vue et expliquée par des enseignants " (TG 21.01.04) devraient aider bien des citoyens à mieux voir pourquoi la rénovation scolaire se situe entre le rêve sociétal et la chimère pédagogique.

Avec la lettre de Mme. E. Vellas, enseignante et formatrice à la Fapse, on est dans le rêve sociétal : "...cette nouvelle organisation du travail que réclame la rénovation en cours, est la condition nécessaire du projet de société contenu dans la rénovation.." . Cela fait de nombreuses années que les inspirateurs et les chantres de la novation scolaire mettent en avant le changement de société comme motivation. Ils le proclament partout. Dans des revues professionnelles ou syndicales, dans des articles, dans des journaux: ainsi, dans le Courrier (6.07.2000), E.Vellas avec quinze autres collègues de la SPG cosignait un article où était vivement rappelé comme premier objectif majeur de la réforme: "Donner aux élèves la capacité de repenser et d'améliorer la société qui les entoure ". Cela laisse songeur quand on pense à l'âge des enfants au primaire.. Que des enseignants, des formateurs aient des croyances, des convictions politiques, cela relève du domaine privé. Mais le fait qu'ils les proclament en tant que professionnels, à propos de sujets d'organisation scolaire, devrait semer quelques doutes dans l'esprit des parents d'abord intéressés par la formation de leurs enfants.

L'école a à s'occuper d'enseignement, de formation. Les débats actuels sur l'efficacité des apprentissages de base ne sont pas dus au hasard.

Débusquer la chimère pédagogique est moins évident. Pourtant l'article essentiellement d'information de Mme L. Palandella :" La Rénovation vue et expliquée par des enseignants " peut en donner les moyens. En effet, après une lecture superficielle, tout parent, tout citoyen va essayer de mieux comprendre, d'imaginer ce qui peut se passer dans la réalité avec:" la répartition des élèves en diverses formes de décloisonnement ..., la planification d'activités communes..., la continuité des apprentissages tout au long d'un cycle ..etc ".

Comment être vraiment persuadé que la multiplication et les variations de décloisonnements, d'activités, de projets ... puissent être bénéfiques pour tous les élèves, surtout pour ceux qui ont le plus de difficultés, c-à-d ceux pour qui la rénovation a été conçue. Quant à la gestion collective de tout le dispositif, comment n'entraînerait-elle pas une diminution du temps effectivement consacré aux élèves et à une dilution inévitable des responsabilités.

La faisabilité de ce projet suscite encore plus de scepticisme quand on sait qu'en automne dernier le Président du DIP attendait encore un texte de référence sur les cycles d'apprentissage. Cela tous les parents des élèves du primaire ont pu le lire dans le bulletin du GAPP (n° 98 p.5, distribué par les soins du DIP):" .Un texte de référence sur les apprentissages qui en précise le fonctionnement concret, émanant de ce groupe de travail est prévu au début de l'automne..".

Il faut se rappeler que l'essentiel du projet de rénovation avec ses trois axes a été présenté en août 1994. Depuis lors les concepteurs de la réforme, les nombreux membres du groupe de pilotage, les experts indépendants, les enseignants impliqués, la hiérarchie scolaire , la SPG ..... et j'en passe, ont eu des années pour présenter un projet bien ficelé.

Comment croire à la faisabilité et surtout à l'efficacité d'un projet qui déjà sur le plan rédactionnel nécessite autant de temps pour se préciser ?