Jean Romain, écrivain, commente au nom de l'Arle les résistances du syndicalisme enseignant au changement de modèle scolaire voulu par le peuple en septembre dernier.


Parce que M. Charles Beer semble tenir compte de la volonté populaire exprimée lors de la votation sur les notes à l’école, parce que le Conseiller d’Etat semble vouloir que cette volonté se traduise dans le nouveau règlement de l’école primaire, parce que la démocratie implique qu’une fois battu on prenne la mesure des conséquences, M. Olivier Baud, inamovible président de la SPG, qui avait par dépit traité les Genevois de « dindes » au soir de sa défaite, envoie au président du Département de l’Instruction Publique des lettres en rafales. Il se plaint, il gesticule, il menace, il vitupère, il injurie, il pleurniche, il s’indigne. Selon lui, M. Beer n’agirait qu’en pur politique sans se soucier du sort des élèves; il se montrerait trop à l’écoute des propositions de l’Arle, association dont les exigences iniques déborderaient du cadre strict de l’initiative acceptée par le peuple, il répondrait favorablement à ses moindres desiderata.

Sauf peut-être les animaux des Fables de La Fontaine, personne n’a jamais été aussi bon que ce syndicaliste genevois dans l’art d’inventer de nobles prétextes pour ne pas accepter l’évidence. Jugez vous-mêmes: « Nous rejetons, écrit-il, avec la plus grande détermination la prise en compte de propositions qui pourraient émaner de cette association (l’Arle) hors du contexte précis de l’initiative 121 »; « Que l’Arle persévère dans son erreur est non seulement emblématique de l’inadéquation de ses propositions en général mais constitue une forme de mépris – une de plus – à l’égard du corps enseignant »; «  La demande grossière du plan d’études annuel qui semble avoir trouvé un certain écho »; « Les élucubrations de l’Arle ».

Les élucubrations ? Mais que demande l’Arle de si « grossier » qui fâche pareillement ce nouvel Antoine à chemises à fleur ? Elle demande simplement la mise en place de plans d’études annuels. En effet, il est impossible de revenir à des degrés annuels, voulus par les citoyens, sans connaître précisément les contenus qui devront y être enseignés, sinon on se paie de mots et on méprise le peuple qui demande précisément de renoncer aux cycles bi ou quadri-annuels. Exiger des plans d’études annuels ? Quel crime abominable ! M. Baud le fait bien comprendre: nous n’en voulons pas, martèle le syndicaliste, puisqu’il existe déjà un classeur qui fixe des objectifs biannuels ! Nous sommes, nous autres syndicalistes, les « professionnel-le-s » (sic) de l’enseignement; nous savons par conséquent ce qui est bon pour les élèves; l’école, c’est nous; et les autres, tous les autres, se trompent ! L’Arle en tête ! Et sur ce, la SPG de claquer la porte de la consultation.

Mais le scrutin de septembre a été perdu pour une SPG entêtée et bâtée, qui rue dans les brancards tout en poussant des cris d’orfraie. Cette défaite a des conséquences: le modèle scolaire défendu par Monsieur Baud et ses affidés est nocif pour notre société, il a fait beaucoup de mal, et le peuple n’en veut plus. Qui plus est, cette vision a contribué à mener l’école dans le mur. Dire cela n’est pas mépriser l’adversaire ni le dénigrer, sauf à tenir la réalité pour un dénigrement. Or ce déni de réalité, cette grande libération du concret, comme aux tristes heures du totalitarisme, a été une constante de certains groupes auto-intoxiqués par leur idéologie et convaincus d’avoir raison contre la réalité. D’avoir raison au mépris du réel.

Comme il faut aller toujours plus vite, toujours plus loin dans l’irréalité, ces lettres de M. Baud et du comité de la SPG ne sont que la continuation de la Rénovation, par d’autres moyens. Or, en toute chose, il faut apercevoir la fin.

Soyons donc réalistes et entendons la voix de Genève en matière scolaire ! Que dit-elle, cette voix forte et claire, qui s’est exprimée à 76 pour cent des votants ? Que répète-t-elle ? Que la Rénovation, c’est fini ! Que l’école du laxisme, c’est terminé ! Oui, il faut revenir au bon sens, il faut refaire l’école, recommencer à enseigner, à transmettre pas à pas des connaissances et à évaluer leur acquisition, qu’il faut redonner son autorité à une institution qui va à la dérive et à des maîtres désemparés. Tout le reste est un combat post mortem, un attachement suranné à une école révolue.

par Jean Romain, in Le Temps, 12 mars 2007