«L'Association Refaire l'Ecole (Arle) est déterminée à s'impliquer dans de nouveaux chantiers»

JEAN-FRANÇOIS GIRARDET, INSTITUTEUR, MEMBRE DU COMITÉ DE L'ARLE

Il y a un peu plus d'un an, le 24 septembre 2006, le peuple genevois plébiscitait avec une impressionnante majorité (76%) l'initiative de notre Association Refaire L'Ecole (Arle) «pour le maintien des notes à l'école primaire». En réaction à la rénovation qu'on voulait leur imposer, quelques enseignants décidèrent de reprendre leur destin en mains en offrant aux Genevois la possibilité de débattre sur l'avenir de notre école. A l'issue d'une campagne plutôt agitée, le bon sens du peuple s'est exprimé dans les urnes. Que s'est-il passé par la suite?

Au lendemain de la votation, le chef du Département de l'instruction publique a sagement affirmé sa volonté de tout mettre en oeuvre pour respecter la lettre et l'esprit de l'initiative. Il a pris la peine de consulter les partenaires de l'école primaire et d'écouter les initiants avant de proposer trois documents essentiels à la bonne marche de l'école.

Ainsi, Genève a obtenu un nouveau règlement, un plan d'étude annuel pour chaque discipline et un livret scolaire unique pour toute la période primaire. Aujourd'hui, force est de constater que les outils mis à disposition pour cette rentrée 2007 par la Direction de l'Enseignement Primaire (DEP) respectent la volonté populaire favorable à une évaluation continue, chiffrée et certificative.

L'anniversaire de cette votation n'est pas simplement remarquable parce qu'il célèbre l'abandon définitif de la rénovation et la paix rétablie à l'école primaire. En effet, cet événement est surtout significatif parce qu'il permet à nombre d'enseignants de se libérer du sentiment de culpabilité qui les habitait quand, malgré les réticences de la DEP, ils voulaient vérifier par des récitations notées les apprentissages scolaires portant par exemple sur la maîtrise des opérations arithmétiques, ou des formes verbales. Aujourd'hui, chaque maître peut à sa convenance instaurer et utiliser des «petits travaux notés» qui compteront dans la moyenne trimestrielle, travaux traduisant la continuité des acquis des élèves.

Il faut se rappeler que, si la note est indéniablement un outil pour mieux communiquer avec les parents, elle est également pour l'enseignant un indicateur qui lui permet de déceler les lacunes de sa propre pratique. Chacun devra apprendre à en tirer les enseignements pour continuer de se perfectionner et ainsi progresser.

Chaque enseignant a maintenant la liberté d'exercer sa profession dans le respect du cadre institutionnel fixé par des programmes annuels communs pour l'ensemble du canton et bientôt au niveau romand.

Grâce à ce mode d'évaluation et au nouveau livret scolaire, la relation triangulaire parents-élèves-enseignants se trouve renforcée par une communication lisible et claire des niveaux d'acquisition ainsi que du comportement de l'élève.  Régulièrement signés, les travaux notés seront répertoriés dans un dossier d'évaluation pour être analysés lors d'entretiens avec l'enseignant en classe.

En conclusion, nous pouvons mesurer le chemin parcouru par les uns et les autres pour arriver à trouver démocratiquement une solution qui rassemble et réconcilie.

Dans cet esprit, l'Arle est déterminée à s'impliquer dans de nouveaux chantiers: la formation des enseignants du primaire, les réseaux d'enseignement prioritaires (REP), la nomination de 100 directeurs du primaire, une nouvelle loi pour le CO, etc. Et pourquoi pas, si la concertation fait défaut, engager à nouveau la population à entrer dans le débat pour qu'elle ait le dernier mot?

L'expérience de démocratie directe vécue autour de l'initiative sur les notes à l'école primaire a fait des envieux dans les pays qui n'ont pas ce moyen extraordinaire pour exprimer la volonté populaire.

Nous nous rendons compte aujourd'hui combien notre école républicaine, gratuite, laïque et obligatoire est redevable envers tous ceux qui ont su faire preuve de bon sens pour la remettre sur la bonne voie! Encore un grand merci à eux!

in Tribune de Genève du 18 octobre 2007, rubrique "l'Invité".