EDUCATION Le service de l'enseignement prône la promotion automatique en 2e primaire. La loi préconise l'inverse.

JEROME FAAS in Tribune de Genève des 15-16 mai 2010
 

Une note de service de la direction générale de l'enseignement primaire viole la loi. L’Association Refaire l'école (ARLE) parle d’un acte délibéré. Le Département de l'instruction publique plaide l’erreur. Qu’il s’agisse de sabotage ou de maladresse, les deux parties constatent l'existence du problème.

En janvier, Thérèse Guerrier, la directrice du service de l’enseignement, écrivait ces lignes aux directeurs d’établissement: « De 1E (ndlr: 1re enfantine) à 2P (ndlr: 2e primaire), le passage d’un degré à l’autre est automatique », le tout souligné et en gras. L'article 27 de la loi sur l'instruction publique dit exactement l’inverse. « L’école primaire comprend 6 degrés (...). Le passage d’un degré à l’autre n’est pas automatique. »

La loi, adoptée avec le retour des notes en 2006 par 76% des Genevois, autorise donc le redoublement dès la 1re primaire. « Notre avocat confirme que le contenu de cette note est illégal, s’indigne André Duval, le président de l'ARLE, qui a levé le lièvre sur son blog. Si Madame Guerrier a agi sciemment, ça devient très, très grave. »
 


Beer « pas au courant »

La direction générale plaide aujourd’hui l’erreur. Bernard Riedweg, directeur du Réseau d’enseignement prioritaire, disculpe tout d’abord le conseiller d’Etat Charles Beer — qui a décidé de ne plus commenter le blog du président de I'ARLE. Le texte incriminé « n’est pas une directive, mais une note de service. Elle est donc sous la responsabilité de la direction générale, pas sous celle de Charles Beer. Il n’était pas au courant. »

Bernard Riedweg parle d’une maladresse de vocabulaire. Les directeurs doivent bien sûr obéir à la loi. Ce que nous voulions dire, c’est que chaque situation de redoublement doit être évaluée avec un soin particulier, vu qu’à la fin de la 1re primaire, elle ne repose pas sur un bilan certificatif », c’est-à-dire des notes.

Il précise que depuis la rentrée 2007, date d’entrée en vigueur de la loi, « il y a eu des redoublements en 1re primaire. La décision est prise par le directeur, après consultation des parents et sur la base d’un rapport étayé des enseignants. » Et à la fin de l'année scolaire, la possibilité de décider d’un redoublement sera maintenue. « Une nouvelle note va annuler la précédente », annonce Bernard Riedweg.

« L’erreur, je n’y crois pas »

La nouvelle satisfait le député radical et membre de I'ARLE Jean Romain, qui s’apprête à déposer une interpellation urgente sur le sujet au Grand Conseil. Mais ses inquiétudes demeurent. « La thèse de l’erreur, je n’y crois pas du tout. Cette note, c’est un acte qui consiste à passer en force. Si personne ne dit rien, le mal est fait. Et si quelqu’un dit quelque chose, on se réfugie alors derrière une regrettable erreur. » L’élu, comme André Duval, est persuadé que Charles Beer n’a rien à se reprocher. « Mais les gens qui se sont fait battre lors de la votation sur les notes sont toujours en place. J’avais alors demandé leur départ. Or, nous avons toujours les mêmes pédagogistes dans les instances. »