«Jamais l’école primaire n’a voulu exiger de ses enseignant-e-s un véritable «enseignement» de l’allemand.»

par Jacques Follonier, député radical, in Tribune de Genève du 19 mai 2006 - rubrique L'invité

Quel est le niveau d'allemand des élèves genevois en fin de scolarité primaire? Une épreuve cantonale de fin de 6P, assez exigeante, pourrait faire croire qu'il est plutôt bon. Mais la réalité, sur le terrain, s'avère fort différente. Un rapport interne portant sur l'introduction d'une nouvelle méthode d'allemand au Cycle d'orientation (CO) tend à le démontrer.

Le DIP teste actuellement une nouvelle méthode d'allemand pour le CO. Moins de dix ans après l'introduction de la méthode Sowieso, les CO de Bois-Caran, des Coudriers et du Vuillonnex ont été priés d'utiliser la méthode «Geni@l».
Seulement voilà: la direction interdit aux enseignants de commencer cette méthode depuis l'unité 1. Les élèves de 7e année ont dû commencer dès septembre par l'unité 6. La raison? «Il faut tenir compte des acquis de l'école primaire», explique-t-on.

En début d'année, les enseignants ont donc eu l'interdiction d'aborder les cinq premières unités de la nouvelle méthode. Mais ils disposaient de six semaines pour «réactiver» les prétendus acquis de l'école primaire. Malheureusement, ces «acquis» sont très en deçà des attentes. Comme l'atteste le bilan de cette période test: «D'une manière générale, les remarques sur cette période dite de réactivation sont unanimement critiques et souvent sévères. Il s'agit, pour une partie importante des élèves, d'une découverte des notions enseignées, parce qu'elles n'ont pas fait l'objet d'une activation voire d'une systématisation suffisante.»

A cet état de fait, il existe une explication très simple. Jamais l'école primaire n'a voulu exiger de ses enseignant-e-s un véritable «enseignement» de l'allemand, mais seulement une «sensibilisation». L'allemand doit rester ludique. Donc: interdiction de faire étudier des mots de vocabulaire, interdiction de faire passer des épreuves avec des notes, interdiction de faire apprendre des règles de grammaire ou des listes de déclinaison. Résultat des courses: certain-e-s enseignant-e-s consacrent beaucoup d'efforts à cette sensibilisation, et d'autres… beaucoup moins.

Devant cette situation, deux solutions se présentent. Soit on fixe des objectifs d'apprentissage clairs pour l'allemand en primaire, et les profs du CO peuvent «compter sur les acquis». Soit on reste dans le registre de la «sensibilisation», et alors il faut admettre que les profs du CO commencent leur enseignement au premier chapitre de leur méthode.

Une logique étrangère au DIP. En effet, la direction du CO envisage une autre piste. Ou plutôt, une autre dépense. Au lieu de laisser les enseignants commencer à l'unité 1, ou de renoncer à introduire cette nouvelle méthode, elle songe à commander à l'éditeur de la méthode un module spécial, résumant les cinq premières unités! La société Langenscheidt serait disposée à produire ce module tout spécialement pour les élèves genevois, à condition qu'il soit utilisé pendant cinq ans au moins. On croit rêver! Suite au cafouillage de la dernière épreuve commune d'allemand on comprend mieux la difficulté que rencontrent certains élèves face à la langue allemande, d'abord parce qu'il n'y a pas de volonté de donner des cours sérieux à l'école primaire malgré le fait que ces cours sont obligatoires dès la 3e primaire et qu'ensuite il n'y a aucune gestion de l'apprentissage de l'allemand.

En effet, je l'ai dénoncé plusieurs fois au Grand Conseil et au Département. Il est inadmissible de considérer que l'allemand est appris dès la 3e primaire alors qu'en réalité la moitié des élèves n'en font pas, pour des raisons mystérieuses. Et recommencer à zéro dès l'entrée au Cycle est le meilleur moyen de démotiver ceux qui en ont déjà étudié pendant trois ans à l'école primaire, cela crée une école à deux vitesses, avec un nombre élevé d'enfants dégoûtés à tout jamais de la langue allemande.

Pourrait-on enfin être sérieux au Département de l'instruction publique ou tout au moins essayer d'être cohérent ?