Réforme - Le corps des maîtres principaux et des inspecteurs disparaît à la rentrée 2008.

Bertrand Stämpfli
in Tribune de Genève, le 17 novembre 2006

«Le changement que nous proposons aura une portée historique.» Charles Beer, conseiller d'Etat socialiste chargé du Département de l'instruction publique (DIP), a présenté hier la réforme qu'il entend imposer à la rentrée 2008. A cette date, les 164 écoles du canton, qui accueillent actuellement quelque 34 000 élèves, ne constitueront plus que 100 établissements (certaines petites écoles faisant l'objet d'un regroupement).

A la tête de chacun d'entre eux, le ministre veut nommer un directeur, qui remplacera les maîtres principaux et autres responsables d'école que nous connaissons encore maintenant. Leur mission? «Gérer l'enseignement en concertation avec l'équipe enseignante, les ressources humaines et financières de l'école, la sécurité des élèves, les relations avec les partenaires et le conseil d'établissement.» Le projet pilote lancé voici quelques semaines à peine aux Tattes semble ainsi devoir être extrapolé à tout le canton.

L'AIG et la SPG partenaires

Ces directeurs, des cadres supérieurs (à ne pas confondre avec des «petits chefs», prévient-on) seront en partie recrutés parmi les inspecteurs-trices, dont le corps est supprimé. Sans cahier des charges, ces 25 fonctionnaires chapeautaient quelque 100 enseignants chacun et près de 1500 élèves. «Nous travaillions un peu comme des pompiers, sans pouvoir vraiment faire un travail proactif», explique Véronique Bigio. La présidente de l'Association des inspecteurs genevois (AIG), qui a fini par se rallier au projet du magistrat, estime que cette réforme permettra une meilleure organisation du travail.

Le projet a également reçu le soutien de la Société pédagogique genevoise (SPG). Son président Olivier Baud estime que «la plus grande proximité, la plus grande efficacité et le développement du partenariat entre l'école, les parents et les services de l'Office de la jeunesse» promis par le magistrat doivent toutefois s'accompagner de budgets en conséquence, permettant de valoriser le travail des enseignants.

Aussi le syndicaliste accueille-t-il avec réserve l'analyse du ministre Charles Beer, qui prétend pouvoir financer cette centaine de nouveaux postes sans sortir de l'enveloppe allouée à l'école primaire dans le budget 2007. Certes, le DIP devrait procéder à des redéploiements de personnels. Il conviendra néanmoins de former ces hommes du sérail à la direction d'établissement dans le cadre de l'Institut universitaire de formation des enseignants, qui reste à créer. Il s'agit d'apprendre à ces futurs responsables à également faire le lien avec leurs homologues du Cycle d'orientation, de l'enseignement spécialisé et de l'Office de la jeunesse.

Ce projet, en ce qu'il ne procède finalement que d'une réorganisation de l'école, est de la compétence du Conseil d'Etat: il ne devrait pas faire l'objet d'un débat au Grand Conseil. Charles Beer précise que ces décisions font suite aux travaux menés de septembre 2005 à novembre 2006 en concertation avec la SPG et l'AIG, dont les instances respectives sont tombées d'accord mardi soir.
 



«L’ARLE encadre les élèves, Beer les profs!»

«Au lieu de mettre l'accent sur ce qui, seul, permet aux élèves de sortir du primaire avec un bagage suffisant, de mettre toute l'énergie sur l'appui et la proximité du maître et de l'élève, le DIP fait le contraire: il change la structure qui, en soi, n'est pas problématique.

Cette surbureaucratisation va atomiser la volonté populaire exprimée le 24 septembre dernier en autant de petites baronnies. L'ARLE veut encadrer les élèves et Beer encadre les profs.» La réaction de l'ARLE n'a pas tardé, qui craint par ailleurs que le coût de ce projet soit «énorme».

Le Parti radical genevois, qui dénonce lui aussi la «mexicanisation du DIP», s'étonne quant à lui de voir «le concept de projet d'école, l'un des éléments clés de la rénovation, revenir au cœur du dispositif, porte ouverte à la multiplication des approches pédagogiques». Les radicaux redoutent en outre que les futurs directeurs soient précisément recrutés pour leur proximité d'avec la rénovation. Ils y voient eux aussi la négation du vote du 24 septembre.

Jointe au téléphone, l'ex- ministre libérale genevoise Martine Brunschwig Graf (libéral) note avec intérêt que la SPG a évolué en acceptant finalement que les responsables d'école («pourquoi pas les appeler des directeurs!») soient dotés d'une autorité hiérarchique sur leurs collègues. «J'avais moi-même lancé la question de leur cahier des charges et de celui des inspecteurs, qui était bien entendu appelé à évoluer lui aussi.»

«C'est vrai que nous avons eu un discours ambigu en réclamant plus de soutien mais pas de chef», consent Olivier Baud. «Mais c'est parce qu'il y avait des inspecteurs, et que cette strate dysfonctionnait. Avec leur disparition, il faut bien que la hiérarchie existe quelque part», explique-t-il.

Enfin, tous bords confondus, on attend de connaître précisément les attributions et la composition du conseil d'établissement que Charles Beer entend instaurer. (bs)