« La confiance ne se décrète pas, elle se construit »
dixit M. Charles Beer, Conseiller d’Etat (in Tribune de Genève du 6.12.2007)

« Ce vote [sur le maintien des notes à l'école primaire] dénote la volonté des citoyens de voir les réformes associées à un système d'évaluation clair. Il signale aussi que l'on ne pourra plus lancer de grandes réformes sans consulter le peuple. »
(dixit C. Beer, in Le Temps du 25.9.2006)


Nous voudrions alerter l'opinion une nouvelle fois sur ce que nous considérons être un véritable déni de démocratie. Nous estimons en effet que ni les partis politiques, ni les associations  partenaires traditionnelles du DIP, ni le Grand Conseil n’ont véritablement pu prendre le temps nécessaire pour étudier le dossier de la réorganisation du primaire. Un projet de cette envergure ne se décrète pas, il se construit dans la confiance. Nous dénonçons un certain nombre de dysfonctionnements provoqués par une surprenante précipitation du département alors que rien ne la justifie.

1. Des délais trop courts
Tout a été lancé au pas de charge en quelques jours à la fin du mois de novembre 2007. Les offres d'emploi ont été diffusées avant que la Commission de l'enseignement du Grand Conseil soit mise au courant et avant même le vote du budget 2008.

2.  Informations lacunaires
Un seul projet a été présenté au Grand Conseil, celui de la SPG avec 94 établissements (en plus des 6 déjà existants), alors que deux autres projets existaient, celui de la Direction Générale de l'enseignement primaire (DGEP) avec 76 établissements et celui de l'Association des Inspecteurs avec 67 établissements.
Le Grand Conseil et les partis politiques, contrairement à ce qu'avait annoncé C. Beer en juin 2007, n'ont pas eu leur mot à dire. Ils ont été mis devant le fait accompli.

3. Des coûts mal évalués
C. Beer annonce fièrement que l’opération serait autofinancée par des réallocations internes. Mais seuls les 4 derniers mois de l’année 2008 seront concernés par cette augmentation des charges et, en 2007, le DIP a anticipé certaines dépenses. La SPG parle de 200 nouveaux postes à créer. Le rattrapage à prévoir pour la caisse de retraite est dans les limbes.

4. Rôle de la SPG
Il est étonnant de voir ce syndicat, qui s’est autrefois farouchement opposé à la présence de « petits chefs » au sein des écoles primaires, soutenir aujourd’hui un projet surdimensionné en moyens administratifs au détriment des autres services du DIP. En même temps, son président, M Baud, incite les enseignants à manifester contre les réallocations de postes et à désobéir aux instructions réglementaires transmises par la DGEP.

5. Un simple « toilettage » de la Loi
C. Beer a lui-même avoué qu'une modification de la loi serait inévitable, mais il en parle comme d'un simple toilettage, sans donner de délai. En démocratie existe, comme principe premier, la séparation des pouvoirs. En parler comme d’un simple « toilettage » est une insulte au travail du législatif.

6. Pas de prise en compte de l’évaluation des innovations (Réseau des écoles prioritaires - REP)
Faute de temps, le département ne se donne pas le temps et les moyens d’évaluer les expériences pilotes initiées en 2006, comme la loi le demande. Par contre, le DIP annonce déjà une extension des REP.

7. Résultat : une sur-hiérarchisation et une sur-bureaucratisation

 Une comparaison Vaud-Genève, in Le Temps, 17.11.2006

« (...) Cent directeurs pour la seule école primaire genevoise ! Par son ampleur, le chiffre étonne dans le canton de Vaud, où ce système de gestion a été introduit il y a vingt ans. A titre de comparaison, Vaud a 90 établissements au total pour le primaire et le secondaire. Un établissement compte sept sites en moyenne et entre 800 et 1300 élèves. »

Rappelons que l'école publique genevoise est déjà la plus hiérarchisée et bureaucratisée au monde. Dorénavant, il y aurait 100 directeurs, uniquement pour le primaire à Genève, soit un doublement du nombre total des hauts cadres du DIP, et un directeur au primaire pour environ 320 élèves et 16 classes seulement !


Conclusions :
Les exemples ci-dessus démontrent que le département n’a pas pris le temps de construire la confiance. Charles Beer, privilégiant l’avis unique de la SPG, a préféré la méthode expéditive d’un vote de confiance passant par l’acceptation du budget 2008 du DIP, oubliant de prendre le temps de la concertation et de la réflexion.

L’Arle encourage le Grand Conseil à reprendre la maîtrise démocratique de ce dossier, afin de se donner le temps nécessaire à la recherche de meilleures solutions, moins dispendieuses et plus efficaces.

 

comité de l'ARLE
janvier 2008