Le Temps RÉGIONS : Réforme du primaire: vers un référendum?

Auteur: Sandra Moro

GENEVE. L'Arle ne veut pas de 93 directeurs.

La guerre scolaire serait-elle sur le point de se rallumer à Genève? Alors que Charles Beer, le ministre de l'Instruction publique, entendait rassurer hier sur la réforme qui attend le primaire dès la rentrée, il a surtout aiguillonné certains détracteurs. A commencer par l'Association refaire l'école (Arle) qui envisage de combattre par référendum la mise en place de 93 postes de directeurs d'établissements prévue pour cet automne. La seconde salve est venue des radicaux, qui dénoncent le «forcing» pratiqué par le magistrat socialiste.

Sans doute Charles Beer espérait-il avoir évité le principal obstacle à ses projets en désamorçant l'hostilité de la Société pédagogique genevoise à l'égard de sa réorganisation du secteur primaire. En accordant, le 2 juin dernier, une enveloppe de 1,4 million aux établissements scolaires, principalement destinée à la mise en place d'un réseau de maîtres adjoints qui seconderont les nouveaux directeurs, le ministre est parvenu à apaiser le syndicat des enseignants, très remonté contre sa réforme.

Au final, la refonte du primaire constituera pourtant une opération financièrement neutre, a répété le ministre, grâce à une réallocation interne des ressources et à la diminution du nombre d'élèves. Ceux-ci n'auront pas à subir les conséquences de la réforme, a-t-il ajouté: le nombre d'enfants par classe restera stable (20,21 contre 20,03 en 2007), ainsi que le taux d'encadrement (1 enseignant pour 16,9 élèves contre 16,75 en 2007). Celui-ci s'améliore même dans les écoles du Réseau d'enseignement prioritaire (14,85 contre 15,49 en 2007), qui passera de 6 à 14 établissements à la rentrée.

«On nous force la main»

Mais les motifs de satisfaction du ministre ne trouvent aucun écho du côté de l'Arle. «Nous ne croyons pas que cette réforme sera financièrement neutre. La facture augmentera à l'avenir, affirme son président, André Duval. Quant aux postes de directeurs, ils sont inutiles. Les besoins sont sur le terrain, pas dans la hiérarchie.» Du coup, l'Arle songe à lancer un référendum contre le projet de loi déposé par le Conseil d'Etat le 16 mai dernier. «Nous allons probablement nous décider la semaine prochaine», indique André Duval.

Du côté des radicaux, on ne conteste pas la nomination des 93 directeurs, mais on dénonce les méthodes du magistrat. «Le débat sur ce projet de loi aura lieu en automne, alors que les directeurs seront déjà en fonction. On nous force la main», s'insurge Gabriel Barrillier, chef du groupe parlementaire radical. Qui en profite pour annoncer un projet de loi destiné à contrer les ambitions de Charles Beer en matière de formation des maîtres: au lieu du cursus universitaire souhaité par le ministre, les radicaux veulent imposer une haute école pédagogique.

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