Voir le commentaire de l'Arle sur le sujet

Un sondage mené par le syndicat des maîtres révèle que les nouvelles directions d’établissement sont encore loin d’avoir fait l’unanimité.

JÉRÔME FAAS in Tribune de Genève des 3-4 janvier 2009.
 

Les maîtres n’accordent pas la moyenne à la réorganisation de l’école primaire. Fin octobre, la société pédagogique genevoise (SPG, le syndicat enseignant) a sondé les délégués des 91 établissements du canton. Ils devaient évaluer, sur une échelle de 1 à 8, la satisfaction des instituteurs par rapport au nouveau fonctionnement scolaire. La SPG a récolté 65 réponses: l'école nouvelle, symbolisée par l’intronisation des directeurs d’établissement, n’obtient que 3,8 à l’indice de satisfaction.

«Jamais une rentrée scolaire ne s’est effectuée dans des conditions aussi mauvaises.» Voici l’une des conclusions de la synthèse des questionnaires réalisée par la SPG. Olivier Baud, son président, affine le jugement: «La réorganisation de l’école primaire a été très mal anticipée. C’est ça le problème.»

Le système des directeurs peine notamment à convaincre. «Leurs fonctions et leurs rôles    sont peu clairs», souligne l’enquête. «Dans certains établissements, les directeurs sont sur un mode hiérarchique désagréable», lit-on par ailleurs.

Trop de «précipitation»
 

Olivier Baud refuse pourtant de les montrer du doigt. «Ces 93 directeurs sont débutants. Il ne s’agit pas de les fustiger eux, mais le Département de l’instruction publique (DIP). Ce n'est pas un secret: il n’y a pas eu assez de candidatures valables, des repêchages ont eu lieu.» Plus que le contenu de la réforme, le syndicaliste dénonce sa mise en oeuvre, jugée «précipitée. Il existe un ras-le-bol des projets non aboutis.»

La réorganisation est d’ailleurs bien mieux perçue dans les écoles en Réseau d’enseignement prioritaire (REP). Elle y obtient un indice de satisfaction de 5,2. «Ces établissements bénéficient de moyens supplémentaires; leurs directeurs désiraient travailler dans un tel environnement, ils ont du travail, sont au clair sur leur mission, n’ont pas besoin de s’inventer des tâches de petits chefs.»

Ailleurs règne une certaine désorganisation, à en croire Olivier Baud et les résultats du questionnaire. «Les directeurs n’avaient pas reçu le cahier des charges des enseignants. Nous avons dû le leur fournir. Certains multiplient les séances et les commissions. D’autres ont exigé un compte-rendu pour chaque entretien avec les parents. Depuis la rentrée, le Service des remplacements n’a plus de répondeur téléphonique et est fermé l’après-midi. Le département multiplie les directives...» Bref, les tâches bureaucratiques encombreraient le quotidien des maîtres, au détriment du volet éducatif de leur profession, déplore la SPG.
 

Directeurs mécontents
 

«Nous devons avoir le courage de remanier cette réforme en cours de route, plaide son président. Il faut revoir la taille des établissements, leur distribution sur le territoire. On ne dirige pas de la même façon une école à la Jonction ou à Russin. Les profils des directeurs doivent être différenciés.»

Olivier Baud ajoute qu’une enquête menée par l’association des cadres du primaire auprès des directeurs eux-mêmes conclut aussi à leur mécontentement. «Plus de la moitié d’entre eux jugent que leur entrée en fonction n’a pas été assez préparée et que leur cahier des charges est mal défini.»

«Rétention d’informations»
 

Pour ajouter à son dépit, l’Observatoire mis sur pied par le DIP pour évaluer la réorganisation de l’école tarde à rendre son rapport. Il était pourtant prévu le 18 décembre. «Nous avouons notre totale incompréhension devant cette rétention d’informations», écrit donc Olivier Baud au conseiller d’Etat Charles Beer. Celui-ci n’était pas disponible hier, il répondra point pas point la semaine prochaine dans nos colonnes.



REPONSE DE CHARLES BEER

«Le chaos annoncé ne s'est pas produit»


ECOLE Charles Beer prend au sérieux les critiques des maîtres.

JÉRÔME FAAS in Tribune de Genève du 7 janvier 2009.
 

Samedi, le syndicat enseignant (SPG) témoignait du dépit des maîtres genevois. Les délégués sondés jugeaient que la réorganisation de l’école primaire (le système des établissements gérés par des directeurs) avait été bâclée. Désorganisation, flou des tâches, surcharge administrative: les critiques pleuvaient. Charles Beer, le patron de l’Instruction publique, y répond.

Que vous inspirent les doléances formulées par les enseignants?

Je tiens d’abord à préciser que la mise en place des directeurs est la première étape vers l’harmonisation scolaire romande et suisse, qui interviendra en 2011, et vers le retour à la confiance dans le système scolaire. Le document de la SPG démontre que ce n’est pas le nouveau modèle qui est remis en cause, mais les conditions dans lesquelles le changement s’est opéré.

Ces critiques sont-elles fondées?

Elles sont à prendre au sérieux. La méthode employée consistait à introduire partout en une seule fois la même organisation. Nous n’affirmons pas avoir mis au point le système parfait. Il est évolutif.

De votre point de vue, comment le changement est-il accueilli?

La plupart des établissements y font face avec sérénité. Certains vivent une phase de mise en place délicate. Quelques-uns enfin, dont le nombre est marginal, sont proches d’une crise.

Trouver 93 directeurs compétents en quelques mois, n’était-ce pas trop ambitieux?

C’était en effet une opération audacieuse, mais cadrée avec les moyens adéquats.

Mais la SPG regrette certaines attitudes de petits chefs.

Je crois que très peu de directeurs sont mis en cause. Il y a bien eu deux ou trois alertes, et quand ça se passe mal, nous prenons des décisions rapides.

Vous êtes-vous déjà séparé d’un directeur?

Oui. Je refuse de mettre en danger le système. Mais les problèmes graves sont exceptionnels.

Les rôles de chacun semblent flous. Pourquoi?

Tout se passe bien là où existe déjà une culture d’équipe, un leadership, avec un directeur bien formé et accepté. Dès qu’un de ces éléments fait défaut surgit la question du «qui fait quoi?». Cela peut aller jusqu’à se demander qui gère les appels téléphoniques durant la récréation. Dans cette phase de mise en place, je suis conscient que les maîtres et les directeurs subissent forcément une surcharge de travail.

Allez-vous clarifier leurs rôles?

Politiser toutes les discussions est une erreur. Je n’ai aucun mépris pour les détails, mais je ne peux pas les régler. Je veille à ce qu’ils le soient. Une dynamique doit être trouvée. Il serait absurde, par exemple, d’inscrire dans le règlement qui doit répondre au téléphone.

Les choses se déroulent mieux dans le Réseau d’enseignement prioritaire (REP).

Huit établissements du REP possèdent un directeur depuis plus d’un an. Il faut donc un peu de temps pour que chacun trouve ses marques. Dans trois ans, plus personne, comme au Cycle, n’imaginera une école primaire sans directeur. Et dans le REP, la présence d’éducateurs et les effectifs de classe réduits facilitent l’enseignement.

Quel bilan intermédiaire tirez-vous de cette réorganisation?

Je suis satisfait de constater que le changement s’est bien passé dans les grandes lignes. Le chaos annoncé n’a pas eu lieu. Le système fonctionne. Mais pas de façon extraordinaire. Il nous reste un gros travail à accomplir pour atteindre l’un des objectifs essentiels de la réforme: dégager plus de temps pour la mission pédagogique des enseignants. Il s’agit de ma principale préoccupation.
 

 

Commentaire de l'Arle

Il vaut la peine de lire la synthèse de l'enquête de la SPG, qui confirme abondamment tout ce que l'Arle a déclaré sur ce sujet, ainsi que la réponse du Conseil d'Etat à la question écrite de M. Jacques Follonier sur les Mesures d'accompagnement à l'école primaire : mythe ou réalité ?

Quand on a tous les éléments en main, on doit malheureusement constater à quel point le DIP est sourd, aveugle ou….tout simplement menteur !

Voir également l'article du Courrier sur ce sujet.

Voir aussi l' article du GHI , le mauvais carnet de Charles Beer, avec la position de l'Arle.