in Le Courrier, 7 janvier 2009, par Rachid Armanios

QUESTIONNAIRE - Selon une prise de température faite par la Société pédagogique genevoise, la mise en place de directeurs est mal appréciée.

«C'est avec surprise que je découvre l'amour de la Société pédagogique genevoise (SPG) pour les moyennes», ironise le chef du Département de l'instruction publique (DIP) Charles Beer. L'humour ne dissipera pas le malaise: un questionnaire réalisé par l'association professionnelle révèle que les maîtres d'école ne sont pas chauds face à la réorganisation du primaire – marquée par la nomination de directeurs d'établissement. Sur une échelle de 1 à 8, ils lui accordent une note de 3,8. En revanche, Charles Beer ne se dit pas étonné par ce mécontentement qu'il a lui-même constaté lors de cinq réunions avec un grand nombre d'enseignants: «La création de directions s'annonçait difficile. Elle demande une phase d'installation.» Le questionnaire a été reçu fin octobre par les délégués de la SPG, chargés de le distribuer à leurs collègues puis de rendre une synthèse. Soixante-cinq établissements sur 91 ont répondu. «Jamais une rentrée scolaire ne s'est effectuée dans des conditions aussi mauvaises», relève la SPG en mettant cette situation sur le compte d'une précipitation du DIP. «A entendre Charles Beer, il avait anticipé le manque d'anticipation et il faut laisser du temps au temps! C'est inacceptable», commente Olivier Baud, président de la SPG. A une certaine «désorganisation» s'ajoute une déficience de communication face à des changements dont les buts sont mal perçus, selon les résultats du questionnaire. Autre problème: les rôles et tâches des directeurs sont mal définis. Certains de ces cadres sont «sur un mode hiérarchique désagréable», note la SPG.

Bureaucratie critiquée

«Les directeurs devaient soulager les enseignants des tâches administratives, mais ils sont inondés de bureaucratie au détriment de leur tâche pédagogique», note Olivier Baud. Il pointe, selon les établissements, une multiplication des séances et réunions ou l'exigence de rédiger un compte-rendu après chaque entretien avec les parents. Beaucoup d'établissements se plaignent aussi d'une gestion difficile des remplacements depuis que le service compétent n'a plus de répondeur automatique et est fermé l'après-midi.
Si la SPG juge «catastrophique» la mise en place de la réforme, elle maintient son soutien à la réorganisation en demandant que la barre soit rapidement redressée. «Les instances de concertation comme la commission de fonctionnement doivent pouvoir y travailler mais Charles Beer a annulé une réunion et refusé de transmettre le rapport écrit de l'Observatoire chargé d'évaluer la réforme», déplore Olivier Baud. Il demande aussi davantage de moyens pour l'école: «Le nombre d'élèves a augmenté alors que le département avait prévu une baisse des effectifs.» Enfin, Olivier Baud demande que la taille de certains établissements et leur répartition soient revues.

«La situation se normalisera»

«Nous avons travaillé trois ans sur cette réforme en concertation avec la SPG ou encore l'association des cadres. Je réfute toute idée de précipitation», répond Charles Beer. Dans la perspective de l'harmonisation scolaire en 2011, le magistrat met en avant son souci d'unifier d'un coup l'organisation du primaire dans un canton où l'école a souffert de réformes jamais abouties.
Il souligne le caractère non scientifique et quelque peu prématuré du questionnaire de la SPG. Mais il reconnaît que, «dans l'ensemble, la mise en place de directions de proximité là où il n'y a pas eu de hiérarchie pendant des décennies suscite logiquement des difficultés. Chacun s'interroge sur sa place et se demande qui fait quoi. Tout se rediscute, cela crée une multiplication de séances.»
Ce stress est accentué par la surcharge des effectifs d'élèves, ajoute le magistrat, qui promet une réallocation de postes pour pallier le problème. «Je comprends les inquiétudes, mais la situation se normalisera. Pas d'un coup de baguette magique, mais par le travail de la commission de fonctionnement et de l'Observatoire, qui rendra son rapport écrit ces jours.»
Pour se convaincre, Charles Beer relève que, dans les écoles en Réseau d'enseignement prioritaire qui accueillent des directions pour la deuxième année, «le taux de satisfaction du questionnaire est au-dessus de la moyenne».

Voir les articles dans la Tribune de Genève et le commentaire de l'Arle sur le sujet.