in GHI, www.ghi.ch, 3 décembre 2008

Le mauvais carnet de Charles Beer


Par Charles-André Aymon, 4 décembre 2008

L'ARLE a bouffé du tigre. L'annulation de la votation sur l'initiative 134, «Pour un cycle qui oriente», lui a donné des griffes. L'Association, qui se voit volontiers en dernier défenseur de la bonne école de papa face aux dérapages pédagogiques du Département de l'instruction publique, enfourche un nouveau cheval de bataille: la lutte contre la création de 93 postes de directeurs d'école et de conseils d'établissement (lire en page 3).

En dehors de toute considération idéologique, on constate que Charles Beer semble leur tendre la perche, au moment où Genève végète au fond du classement Pisa, qui compare les différents systèmes éducatifs. Tout d'abord, en affirmant que cette réforme ne coûterait pas un sou à l'Etat, il s'est condamné à une réorganisation au rabais ou à faire le grand écart dans ses déclarations publiques.

Ensuite, en gouvernant par ukase, en se couvrant de la légitimité trop courte de la Constitution pour éviter de passer devant le Grand Conseil, il prête le flanc à une action juridique. Au vu des succès récents du Conseil d'État dans ces matières, on ne peut que craindre une nouvelle déroute qui donnerait encore plus de légitimité à ses opposants.

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ÉCOLES - Les mauvais calculs de Charles Beer

Par François Baertschi, 4 décembre 2008

• La réforme du patron de l'instruction publique ne doit pas coûter un sou.

• Pourtant les frais annexes se multiplient et les communes sont priées de cracher au bassinet.

• La légalité de cette réorganisation, qui introduit notamment des directeurs d'école, est contestée.

Pour André Duval de l'ARLE (Association refaire l'école), «il n'y a pas de miracle, avec 93 directeurs d'écoles, des cadres supérieurs payés en conséquence, il faut enlever des postes à gauche et à droite ». Pourtant, dans sa réponse à une interpellation du député libéral Pierre Weiss (IUE 416-A), le patron socialiste de l'Instruction publique Charles Beer avait été très clair: «Le Conseil d'État s'engage à réaliser cette réorganisation sans coûts supplémentaires.»

Une promesse trahie en juin 2008, estime l'ARLE, puisqu'une enveloppe de 1,4 million de francs est réclamée pour financer des maîtres adjoints, qui accompagneront les nouveaux directeurs. Mais pour Charles Beer, «cette dépense est contenue dans le coût global du nouveau fonctionnement de l'enseignement primaire». Elle ne servira d'ailleurs pas seulement payer les maîtres adjoint, mais sera «octroyée aux établissements au prorata de leur nombre de classes pour assurer prioritairement les mesures d'accompagnement aux élèves en difficulté», assure encore le magistrat.

Jean Romain, enseignant et militant de l'ARLE, estime que «ces 93 directeurs, ces conseils d'établissement, cela ne sert à rien si on n'a pas l'essentiel: la transmission du savoir. Il existe déjà des réunions entre profs et parents, c'est là où il y a un suivi dans l'orientation. Le DIP a de l'argent, il faut le dépenser pour les enfants en difficulté, pour des cours de soutien. Ce sont des Beereries . L'enseignement genevois est catastrophique, il faut arrêter d'être des idéologues et se mettre autour de la table.»

Facture communale
Des tables qui ont leur prix, puisque les communes sont priées de payer les bureaux des directeurs d'école. Selon les chiffres des autorités communales, en ville de Genève, mobilier, câblage et travaux de rafraîchissement divers représentent au bas mot 230'000 francs; à Vernier on dépasse les 100'000 francs, sans compter la main d'œuvre; à Lancy, la douloureuse dépasse allègrement les 250'000 francs (lire ci-contre); à Meyrin, des écoles récentes et modulables ont limité les frais à un peu plus de 25'000 francs, le reste passe dans le budget général.

Au final, on arrive facilement à plus de 600'000 francs pour quelques grandes communes urbaines , sans compter les dépassements et désirs particuliers de chacun des directeurs.

Grogne
Ces dépenses font tousser plus d'un conseiller administratif. A Vernier, Thierry Cerutti (MCG) «remercie Charles Beer pour ce cadeau de Noël». Selon le responsable des finances, «contrairement à ce que nous a promis le canton, l'opération ne se fera sans doute pas sans dépassement de budget pour notre commune.»

Des préoccupations budgétaires qui touchent également Lancy. Pour le conseiller administratif Frédéric Renevey (PS), «l'information a été donnée quand les budgets étaient déjà bouclés. J'ai donc dû annoncer des dépassements. La commune n'avait pas le choix, ces dépenses étant urgentes et obligatoires.»

Autre son de cloche à Meyrin: «Notre budget de fonctionnement est assez large et la commune n'a pas de problèmes d'argent», souligne la conseillère administrative Monique Boget (PS). Pour la magistrate, l'introduction des directeurs, «ça nous change la vie». Elle met en avant un meilleur suivi des dossiers et la passerelle qu'ils constituent entre enseignants, parents, élèves et autorités. Un avis partagé par René Longet (PS), à Onex.

Conseil d'établissement
Reste que ces directeurs d'école régneront sur des conseils d'établissement. Ceux-ci seront formés de parents, d'enseignants, d'écoliers de représentants de la communes et de milieux proches de l'enseignement. Élus en février prochain, ces mini-parlements auront un coût, qui s'ajoutera encore à l'«opération blanche» de Charles Beer.

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