in Tribune de Genève, 3 septembre 2008, par André Duval, président de l'Arle

Avez-vous remarqué comme certains animaux ont la fâcheuse habitude de vouloir toujours marquer leur territoire d’une manière ou d’une autre? Il en va de même pour quelques conseillers d’Etat ainsi que pour la grande majorité des députés du Grand Conseil.

Ainsi, Charles Beer  se doit de marquer d’une pierre blanche son mandat ministériel. Nos élus, eux, préfèrent acheter la paix scolaire: la tranquillité est propice aux basses magouilles politiciennes, elle permet de mieux assouvir ses ambitions personnelles en se livrant au jeu du «je te donne, tu me donnes».

Que pouvait donc bien faire Charles Beer après la «claque» qu’il avait prise en 2006 lors de la votation sur le maintien des notes à l’école primaire. Rappelons qu’il s’était vu désavoué par la population à près  de 76% tout de même… à n’importe quel prix il lui fallait reprendre la main, montrer qu’il agissait, sauver les apparences. Malheureusement, s’il fallait lui mettre une note, le bilan du chef du DIP serait loin d’obtenir la moyenne.

Des mesures d’appui efficaces et réalistes pour les élèves en difficulté scolaire sont inscrites dans le nouveau règlement de l’enseignement primaire. Pourtant le Département est incapable de les mettre en place. Aujourd’hui, elles sont réduites à une peau de chagrin. C’est pourtant là la seule condition pour lutter contre l’échec scolaire.  Au détriment des élèves, le politicien Charles Beer préfère le tapage médiatique et instaure un  nouveau fonctionnement de l’école primaire. Il quadruple les forces hiérarchiques en nommant 93 directeurs surpayés en lieu et place des 25 inspecteurs d’antan. Ceux-ci feront quatre fois moins de travail. Notre conseiller d’Etat estime néanmoins nécessaire de leur allouer encore, à chacun, un maître adjoint. Sans aucun doute a-t-il cédé à la pression qu’exerçait le syndicat de la SPG. On se demande d’autant plus comment ces directeurs vont  «meubler» leurs journées? Ce ne sont plus des placards dorés qui leur sont offerts mais de l’or en barre! Tout cela au nez et à la barbe de nos chers députés qui, mis devant le fait accompli, acceptent de se voir imposer sans broncher ce changement de loi. Jusqu’à quand nos élus laisseront-ils ainsi bafouer leurs droits et devoirs? N’est-ce pas au pouvoir législatif de décider des lois? Pourquoi donc ces députés ont-ils été élus?

Le contre-projet sur le cycle d’orientation, concocté par Monsieur Beer,  ne vaut pas mieux. Elaboré dans le seul but de contenter tout le monde politique, destiné à promouvoir la paix scolaire pour laquelle tous les députés s’empressent de s’auto-féliciter, ce contre-projet se fiche du bien des élèves à qui il est pourtant destiné.

Issu de ce compromis politicien, sans relief, il n’est que la pâle copie du CO actuel. Trois regroupements en 7e!  Voilà un changement révolutionnaire par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui avec les trois «voies» A, B et C! Puis, dès la 8e , un choix tout ce qu’il y a de plus restreint avec seulement trois sections différentes. Ce contre-projet n’a rien de novateur et n’est absolument pas adapté à notre société actuelle.

Aujourd’hui, les adolescents du CO ont le droit de bénéficier d’un large choix de sections afin que chacun d’entre eux trouve la place qui lui convient le mieux. L’initiative 134, «Pour un cycle qui oriente» répond à ce besoin. A l’évidence, le bilan du conseiller d’Etat en charge de l’Instruction publique  est loin d’être bon. Après le mandat calamiteux de la libérale Martine Brunschwig-Graf, Charles Beer avait pourtant toutes les cartes en main pour sauver l’école genevoise à la dérive. Malheureusement, il ne s’en est pas montré capable et mène désormais cette école à un naufrage annoncé.