Article publié dans la Tribune de Genève - www.tdg.ch - du 29/01/2010

JÉRÔME FAAS

L’ARLE réclame plus d’appuis. Charles Beer défend son approche.

Depuis le retour des notes à l’école, le 4 «correspond au niveau d’acquisition requis pour être promu», stipule le règlement. Or, près du quart des élèves scolarisés en 3e, 4e, 5e et 6e primaire n’obtiennent pas cette note dans l’ensemble des disciplines. Ils sont promus par tolérance (une ou plusieurs notes entre 3 et 4) ou par dérogation (une note inférieure à 3).

La proportion alarme André Duval, de l’Association Refaire l’école (ARLE). Tous ces élèves sont «en échec scolaire», dit-il. Charles Beer, conseiller d’Etat chargé de l’Education, tempère. «Si la vision consiste à dire que tout élève qui sera dirigé vers le regroupement B au Cycle est un élève en difficulté, on tue la notion d’élève en difficulté.»

Quel que soit le point de vue, interpréter ces chiffres est ardu. Ces statistiques n’existent que depuis 2007. «Le problème de l’ancien règlement, qui consacrait la promotion à 3, c’est qu’il n’était pas assez transparent sur le niveau des élèves. Dire qu’à 3 on a réussi, c’est l’école des fans. Entre 3 et 4, on ne peut pas dire que tout va bien.» Sur ce point, le ministre et André Duval s’accordent.

Que conclure de ces 25% de promotions «forcées»? Que l’école genevoise est exigeante ou que les élèves y sont faibles? Charles Beer choisit une troisième explication. Il souligne d’abord que «dans tous les pays ou cantons, le nombre d’élèves en difficulté au sens des normes approche 25%». Puis il tranche. «Le problème, c’est que les Genevois ne travaillent pas assez. C’est pour cela que je déposerai avant l’été un projet de loi pour augmenter les horaires.»

C’est cette question des remédiations qui divise le socialiste et André Duval. «Le règlement prévoit des mesures d’accompagnement obligatoires pour les élèves promus par dérogation ou tolérance. Or, elles n’existent toujours pas, c’est affolant!» Et de citer le chiffre de 112 «enseignants chargés du soutien pédagogique», comparé aux 4600 élèves «en échec».

Le magistrat rétorque que c’est à l’ensemble du corps enseignant de prodiguer des mesures d’accompagnement. «Sinon, au secours!» Il met en avant les taux d’encadrement mis en place dans les quartiers défavorisés et les éducateurs qui y sont déployés. Et maintient que les directeurs d’école, dont le nombre est assimilé à du gaspillage de moyens par André Duval, offrent une cohérence au système. «Aujourd’hui, les études surveillées existent partout.»

Mais n’est-il pas inquiétant que la proportion d’élèves promus par tolérance ou dérogation augmente au fil des degrés? Non, répond Charles Beer. «Plus on monte dans les degrés, plus les exigences augmentent, plus le nombre de ceux qui ne répondent pas aux normes diminue.» Il préfère constater que «si, en effet, les promotions par tolérance augmentent, celles par dérogation et les redoublements restent stables». C’est à cette aune qu’il faudrait juger le système. «L’enjeu est d’éviter l’explosion du redoublement.»

Il attend néanmoins «de meilleurs résultats» et réclame du temps. «Nous n’en sommes qu’à la deuxième année des mesures d’accompagnement, la première à plein régime.»

En chiffres

Elèves promus par tolérance ou dérogation:

  • En 2e primaire (2P): 12,5%, soit 531 élèves.
  • En 3P: 20% soit 850.
  • En 4P: 22,9%, soit 973.
  • En 5P: 25,2%, soit 1071.
  • En 6P: 27,7%, soit 1177.

Elèves qui redoublent:

  • En 2P: 3,3%, soit 140.
  • En 3P: 1,7% soit 72.
  • En 4P: 1,6%, soit 68.
  • En 5P: 1,5%, soit 63.
  • En 6P: 1,7%, soit 72.