La baisse depuis de nombreuses années des exigences au primaire se répercute sur le CO (taux de prégymnalisation de 80 %, hétérogénéité). Cela  a été observé et analysé depuis une quinzaine d'années. "... nous on s'en fout , on est en G ..."  une publication du CRPP en 1995 expliquait cette dérive. Cette brochure de 122 pages contient les articles de plusieurs chercheurs.

Reprenant des observations et des analyses des trois services de recherche ( SRS, SRP, CRPP du DIP),  D. Bain publiait dans l'Educateur (n° spécial 2002) :  "Chronique d'une réforme annoncée : les avatars d'un tronc commun à Genève au XXe siècle".

Voici de larges extraits de la partie :

            " Ironie de l'histoire : l'évolution subreptice vers un tronc commun"

" ... des années 60 à la fin du siècle, la proportion d'élèves entrant en 7è latine-scientifique (LS) a presque doublé, atteignant 80% d'une cohorte. Cette filière, au départ prégymnasiale, est devenue de facto relativement hétérogène.

  ... cette évolution est en particulier la résultante des actions et réactions des principaux acteurs de la situation scolaire : enseignants, directions d'école, parents, élèves.

Une première explication réside dans une modification progressive de l'évaluation, plus précisément des barèmes utilisés par les maîtres de 6è primaire. Ceux-ci accordent plus facilement les notes 4, 5, 6 nécessaires en français et mathématiques pour entrer en 7è LS. Il est difficile de démontrer ici en détail un phénomène aussi complexe.

Cette tendance correspond notamment au refus de certains instituteurs et responsables primaires de jouer le rôle de sélectionneurs pour le CO; à une conception du rôle de l'évaluation chez les pédagogues qui peu à peu donnent la préférence à une fonction formative (vs certificative ou sélective); à une pression psychologique de certains parents (et peut-être de certains élèves) sur les maîtres de 6è dès que l'enfant reçoit une note médiocre (<4); et surtout à l'absence de procédure de modération ou de contrôle effective et efficace de l'évaluation pratiquées dans les classes primaires. Cette inflation des notes primaires rend compte d'une augmentation de 23% des effectifs de la filière LS entre 1967 et 1997.

Une seconde origine de la progression des effectifs de 7è LS réside dans les pratiques d'orientation-sélection à la fois des directions d'établissements du CO et des familles.

 ... Ce second facteur (augmentation des dérogations et diminution des renonciations) explique ainsi une augmentation de 14%  de la filière prégymnasiale en 30 ans.

Peut-on alors parler de la mise en place subreptice d'un tronc commun partiel ?

Les statistiques décrivant les évolutions ci-dessus étaient connues des responsables, mais personne n'a jugé opportun d'intervenir : toute mesure correspondant à un durcissement des normes de passage en 7è aurait été certainement mal ressentie dans la population.
"

Ainsi la très forte augmentation de la pré-orientation gymnasiale au CO n'est pas due à une augmentation spectaculaire des capacités scolaire des élèves mais à une dérive laxiste générale. C'est sans doute ce que la population a perçu. Le 24 septembre 2006 elle l'exprimait en plébiscitant notre initiative.

Jean Martin