Le projet de Charles BEER d’introduire un enseignement de latin à tous les élèves de 7ème au CO est une fort mauvaise mesure, au demeurant antidémocratique.

Il s’appuie pour la justifier sur une proposition contenue dans le rapport final de la commission CO1 alors même qu’il en avait repoussé en juin dernier les principales conclusions. Il estimait à juste titre que ce rapport n’était pas conforme au mandat qu’il avait assigné lui-même en urgence l’an passé à la CO1. Il considérait les mesures proposées et l’esprit général qui les sous-tendent contraires à la volonté populaire exprimée en 2001 à l’encontre du tronc commun 7ème et des classes hétérogènes. Il se demandait d’ailleurs comment introduire une nouvelle et quatrième langue pour tous, alors que l'introduction de l'allemand au primaire et celle de l'anglais en 7ème posent déjà de sérieux problèmes.

Et voilà le président du DIP qui recule et persiste à maintenir le noyau dur de cette vision de l’école encore repoussée le 24 septembre par le souverain genevois : la scolarité obligatoire à une seule vitesse !

L’accès de tous les élèves de 7ème au latin aurait, selon les termes même de la commission, pour souci de « les équiper d’un analyseur syntaxique de base utilisable dans toutes les langues secondes et de les sensibiliser à l’étymologie, aux civilisations, aux mythologies et à quelques grands textes ». C’est là une ambition démesurée lorsqu’elle s’applique à une cohorte d’élèves si hétérogènes. Même à raison de 2 ou 3 heures hebdomadaires, on voit mal comment de tels objectifs pourraient être atteints même pour des élèves moyens, sinon à « badigeonner » sans esprit de continuité un enseignement très superficiel et décourager même les élèves les plus motivés.

Au surplus, ces mesures induiraient des contraintes administratives rédhibitoires :

- Problèmes de grille horaire : Introduire de nouvelles heures à la grille horaire des élèves représente une difficulté quasiment insurmontable. On s’en est rendu compte lors de l’introduction de l’informatique et de l’anglais au cursus obligatoire, faite au détriment d’autres branches, car la semaine de l’élève ne comporte que 32 heures de cours !

- Carence en personnel enseignant : le nombre d’enseignants de latin est actuellement largement insuffisant par rapport au nombre de classes qu’implique l’introduction du latin pour tous. Il s’agirait pour y faire face de former rapidement des maîtres, d’en engager de moins bien préparés à ces tâches nouvelles et/ou d’en recruter à l’étranger, car un prof de gym ou de dessin ne fera jamais, du jour au lendemain, un enseignant de latin, par la seule vertu d’un coup de baguette administrative !

- Niveau d’enseignement : de l’avis même de la CO1 l’intérêt de l’approche nouvelle du latin pour tous « représente une inconnue de taille, puisqu’aucune expérience de ce type ne peut faire référence ou permettre une comparaison », sinon celle du latin rendu obligatoire pour tous les élèves pré-gymnasiaux à Fribourg et Neuchâtel. Il faudrait donc consentir un important effort pour définir les objectifs de cet enseignement entièrement nouveau, pour rechercher et/ou élaborer les moyens d’enseignement appropriés, inexistants, et encore, déterminer les critères d’évaluation et de certification s’y rapportant. Autant dire que ce n’est pas demain la veille que cette nouvelle discipline disposera d’un niveau d’enseignement satisfaisant !

Notre représentant à la CO1, Roger DURAND, n’a pas accepté de s’associer au rapport final et a soumis un rapport de minorité. Celui-ci souligne les mêmes réserves que celles du Conseiller d’Etat à l’encontre de l’hétérogénéité et de l’applicabilité de l’esprit et de la lettre du rapport final. Il propose en outre une liste de mesures concrètes pour la rentrée 2006 (cf. Bulletin N°6 de l’Arle, sept.06). Mais il n’aborde pas le problème du latin car la commission s’était montrée partagée à ce sujet, la piste actuellement retenue par le DIP n’étant que l’une des quatre proposées par le rapport final de la CO1.

Pour sa part, l’Arle reste attachée au latin comme à une discipline réservée à la filière pré-gymnasiale sous forme de branche optionnelle en 7ème. L’enseignement y devrait être structuré, continu et cumulatif afin de permettre l’accession vers une section classique ou latine en 9ème année, ou toutes autres dénominations d’excellence que l’on souhaiterait lui donner, et conduisant à des études longues au post-obligatoire.

Par ailleurs, l’intérêt pour l’étymologie et l’analyse syntaxique devrait effectivement figurer au cursus obligatoire de tous les élèves, mais principalement en français et pas seulement à partir de la 7ème année mais aussi au primaire. Le souci d’un enseignement sur les civilisations, leurs mythologies et les grands textes classiques, est aussi celui de l’Arle, toutefois ces sujets devraient plutôt trouver leur place dans une discipline déjà enseignée comme l’histoire.

L'Arle désapprouve le nouveau lapinus sorti du chapeau de Monsieur BEER. Ou bien, il impose l'étude de la langue latine à tous les élèves et pénalise une majorité d'entre eux. Ou bien il introduit une branche nouvelle (civilisation latino-antique) dont ni le contenu ni la finalité n'ont été définis avec une clarté élémentaire. Au lieu de velléités ineptes et d’innovations irréalistes, il faut que l’école affronte le principal défi qui caractérise le primaire et le CO : comment permettre à chaque écolier et collégien de maîtriser le français, au mieux de ses propres capacités ?

Pour le comité de l’Arle
Martial Denzler et Roger Durand
31 octobre 2006