Choix de méthodes de lecture destiné aux degrés 1P/2P dans le cadre du PER (Plan d’Etudes Romand)

L’accord intercantonal sur l’harmonisation de la scolarité obligatoire HARMOS a été adopté par le peuple en 2007. Les cantons romands ont élaboré un plan d’études commun (PER) qui lui est associé et qui est actuellement en consultation dans tous les cantons romands jusqu’à la fin de l’année. Un choix de manuels liés au PER est proposé et testé dans certaines classes du canton de Vaud.
 

Nous nous intéresserons ici aux deux méthodes choisies concernant l’apprentissage de la lecture pour les degrés 1P et 2P. Ces deux méthodes et les albums qui les accompagnent sont « Grindelire » et « Que d’histoires ». On peut lire dans l’un des documents que « la place accordée à la combinatoire dans les différentes approches de l’enseignement de la lecture a été fluctuante et discutée et a souvent servi à définir telle ou telle démarche … . Aujourd’hui que ces querelles de méthodes sont dépassées et que l’on raisonne davantage sur un principe de réconciliation et de complémentarité entre les activités de compréhension et celles qui visent à assurer la maîtrise du système alphabétique … » Pensant contenter tout le monde, les décideurs ont donc opté pour des méthodes mixtes ou semi-globales.

Vous trouverez dans cet annexe des exemples montrant des caractéristiques typiques de ces moyens d’enseignement. On ne donne plus aux enfants une technique de déchiffrage allant des sons les plus simples aux plus complexes, leur permettant d’avancer pas à pas, en donnant du sens, jusqu’à pouvoir déchiffrer rapidement des petites phrases, puis des textes de plus en plus élaborés, et d’entrer ainsi dans la littérature enfantine qui est proposée.
 

Malheureusement, et nous le regrettons vivement, aucune méthode syllabique ou phonologique n’est proposée bien que leur efficacité soit pourtant largement reconnue selon des études comme celle du National Reading Panel (déc. 2000) ou encore « Why Jonhy can’t read» (1954) aux Etats-Unis. Chez nous, beaucoup de spécialistes tels que logopédistes1, médecins2, pédiatres3 et enseignants4, pour ne citer qu’eux, ont démontré, preuve à l’appui dans le cadre de leur pratique quotidienne, les méfaits des méthodes peu structurées, ne partant pas de sons simples pour aller vers des sons de plus en plus complexes. Cette manière de faire est appelée «méthode explicite », méthode dont les performances ont été prouvées par la grande étude américaine « Follow Through » et les études qui ont suivi, au Canada par exemple.

« Grindelire » et « Que d’histoires » sont des méthodes qui donnent bonne conscience en mélangeant la technique globale basée sur la mémoire visuelle, la silhouette du mot, l’image du mot entier et l’apprentissage des sons (phonèmes/graphèmes), choisis au hasard du texte d’un album que l’élève est incapable de lire seul. Cet apprentissage n’est pas progressif et présente des difficultés importantes pour les enfants.

Si le PER laisse clairement entendre que la diversité des approches pédagogiques sera respectée5, alors on s’étonne que l’on restreigne l’apprentissage de la lecture aux deux méthodes évoquées ci-dessus.

Quant à certains albums destinés aux élèves de 2P, nous ne pouvons qu’approuver les propos de M. Jacques Neirynck parus dans le journal « 24 heures » le 16 juin dernier.
 

ARLE septembre 2009

 

1 « La dyslexie, une vraie fausse épidémie », Colette Ouzilou, Presses de la Renaissance, 2001

« Dyslexie, le scandale du Y », David Guignard, Ed. Spirale, 2001

2 « Bien parler, bien lire, bien écrire » …, Dr. G. Wettstein-Badour, Eyrolles, 2006

3 « Lettre ouverte aux parents des petits écoliers », prof. Debray Ritzen, Albin Michel, 1978

4 « La destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs », Liliane Lurçat, F.-X. de Guibert, 1998

« Et vos enfants ne sauront pas lire … ni compter », Marc Le Bris, Stock, 2004

5 «Avec le PER, les enseignants et les enseignantes de Suisse romande disposeront d’un outil performant, actuel et garantissant la diversité des approches pédagogiques. »